Editoriaux - Politique - 21 février 2017

François Bayrou, ou la grenouille qui voudrait être plus grosse que le bœuf

Souvenons-nous de La Fontaine : « Une grenouille vit un bœuf/Qui lui sembla de belle taille/Elle qui n’était pas grosse en tout comme un œuf. »

Le bœuf, ce serait l’Élysée, et la grenouille, François Bayrou. Une grenouille qui traîne les mêmes postures éculées d’homme providentiel.

Qu’importe, l’intéressé, malgré la promesse d’un score dérisoire – 5 % –, s’invite dans le capharnaüm de la campagne présidentielle et laisse planer le doute sur une potentielle candidature, ce qui fait parler de lui. Et ça, il adore, l’ancien ministre de l’Éducation nationale !

Alors, puisqu’on ne vient pas à lui, il vient à nous, louvoyant comme il en a l’habitude : « Le leader centriste, qui annoncera mercredi s’il décide de se présenter à la présidentielle, a rencontré la semaine dernière l’ancien ministre [Emmanuel Macron], qui multiplie les appels du pied à son égard », lit-on sur lefigaro.fr.

En faisant cavalier seul, Bayrou fera-t-il mentir le proverbe : qui se ressemble s’assemble ? Et, dans le cas d’un accord avec Macron, que négociera-t-il ? Il se murmure que leur dernière rencontre n’a pas été couronnée de succès : « Bayrou a réclamé des circonscriptions pour les législatives afin de reconstituer un groupe à l’Assemblée nationale. Macron, de son côté, a refusé de s’engager de façon ferme et définitive par crainte de sombrer dans les accords partisans qu’il a promis d’éviter. Conclusion : chacun est reparti en jugeant qu’il serait difficile de travailler ensemble » (source : lepoint.fr).

Pour le centriste Jean Lassalle, c’est plié : il ira.

En réponse, sur RTL, Gérard Collomb, soutien de Macron, a agité un spectre usé jusqu’à la corde par l’ensemble de la classe politique : « Il risque de faire en sorte qu’au deuxième tour, on ait un duel qui se termine par une élection de Marine Le Pen. » Empêcher Marine Le Pen de gagner, en voilà un programme !

Pourtant, Bayrou ne l’aime pas, Marine, lui qui dénonçait, en décembre 2015, sur BFM TV, la publication, par la présidente du Front national, de clichés des crimes de Daech : « C’est de l’indécence », protestait-il. Certaines vérités sont indécentes, en effet, mais on ne les fait pas disparaître en les dissimulant.

Enfin, on n’oubliera pas que le moraliste Bayrou a fait perdre Sarkozy en 2012, et fait élire François Hollande, avec le succès que l’on connaît. Le même Sarkozy qu’il avait soutenu en 2007. Je crois qu’on appelle ça une girouette !

Ainsi, Bayrou a vu une possible résurrection du côté de chez Macron, il est allé chez Macron. Mais la tentation de briller seul étant la plus forte, tout est possible. Ce qui est certain, c’est que le maire de Pau cristallise le carriérisme politique, ce qu’une frange grandissante de la population française rejette car il nous a menés là où nous sommes.

Décidément, à part Mauriac, il faut se méfier des François qui se piquent de politique. Attention, toutefois, Monsieur Bayrou, on sait comment finit la grenouille de la fable…

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