Les agences de notation sont un peu à la finance ce que le guide Michelin est à notre cuisine nationale. Elles font la renommée des États et elles sanctionnent leur manque de rigueur. C’est pourquoi le monde n’en compte plus que douze qui conservent toutes leurs étoiles.

La comparaison vaut d’autant plus aujourd’hui que les activités, financière et gastronomique, sont lancées, toutes les deux, dans la course — ou la fuite en avant, comme on voudra —, de la mondialisation. C’est ce que laisse à croire, en tout cas, sa toute récente autocélébration à Monaco, par un grand Chef français installé sur le Rocher, et connu pour être propriétaire d’une multinationale de la « super-bouffe ».

Pourtant, si la comparaison se justifie, il semblerait que le gouvernement français s’inquiète moins de la perte du Triple A (transformé en AA1) qu’un restaurateur de celle de l’une de ses étoiles. Car pour celui-ci, cela va créer des difficultés. Il sait qu’il va connaître, tôt ou tard, une fuite de clientèle, une baisse de ses recettes, et, inversement, une perte de confiance de ses fournisseurs et de ses créanciers.

Il existe plusieurs raisons à la sérénité apparente de nos gouvernants. D’abord, c’est la faute, bien sûr, à ceux qui étaient là avant eux. Et, expliquent les techniciens de la bourse et du crédit, les conséquences de la perte du Triple A ont donc été anticipées. Ensuite, les banques et les institutions financières ont d’autres chats à fouetter en Europe, comme l’Espagne qui commence à faire vraiment peur. Dans le court terme, la dette française demeure attractive, par défaut si l’on peut dire. Le déclassement ne devrait pas entraîner une hausse immédiate des taux d’emprunt sur le marché mondial, dont la faiblesse actuelle (2,07%) s’explique par la conjoncture chaotique. Enfin, la sanction mécanique de la deuxième économie de la zone euro ne pourrait qu’enfoncer celle-ci un peu plus dans la récession. Ce qui explique la tempérance, et presque la sollicitude, du partenaire allemand qui ne s’inquiète pas moins, pour autant, et même s’il ne le déclame pas comme certains experts anglais, de l’état de la France.

Bien que symbolique, cette affaire de notation pourrait donc annoncer des jours plus que difficiles pour la France si elle ne parvient pas à rendre confiance à ses partenaires européens et aux investisseurs internationaux. Parce que sans une restauration de ses finances publiques, même relative, « l’effet de massue » de son endettement, provoqué par un relèvement brutal des taux d’intérêt, sera inévitable.

22 novembre 2012

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