Dans les toutes premières heures de cette année 2014, six navires militaires et autant d’hélicoptères – déployés au large des côtes italiennes dans le cadre de l’opération « Mare Nostrum » – ont permis le sauvetage d’un bon millier de migrants au large de Lampedusa. 1.056 personnes exactement en à peine 24 heures.

Combien l’année passée ? Et combien à venir ?

Dans le même temps, le gouvernement communique sur les mouvements de la population française. Migrations internes vers la région Ouest et la PACA. Et migrations externes.

Fin 2012, 1.611.054 Français avaient quitté le pays pour tenter leur chance ailleurs. Un chiffre en croissance forte, et encore ne s’agit-il que des gens officiellement inscrits au « registre mondial des Français établis hors de France ». L’augmentation des émigrants est en moyenne de 4 % sur ces cinq dernières années, avec un pic à 6 % en 2011 : expatriation plus nombreuse, et surtout « recensement » plus pointu des exilés dû à l’approche des présidentielles. À côté, 500.000 "officieux" qui ne sont pas recensés et travaillent à leurs risques et périls avec un visa de tourisme, notamment en Chine et à Hong Kong.

En tête des destinations choisies : l’Europe, bien sûr (Royaume-Uni, Allemagne, et Belgique), les États-Unis et le Canada, la Chine, l’Afrique du Nord. En forte croissance : Australie, Mexique et Brésil. Pour l’anecdote, le maire de Londres rapporte que, conversant un jour avec qui se vantait d’être le maire de la 9e ville de France (Bordeaux), il lui a dit : « Et moi, je suis le maire de la 6e ville française ! »

Dans le magazine Le Point qui a consacré un dossier à la chose, on trouve le « portrait-robot d’un Français expatrié ». C’est généralement un homme, jeune, plus diplômé que la moyenne, cadre ou chef d’entreprise. Typiquement une "force vive de la nation". On apprend d’ailleurs, chemin faisant, que « 79 % des étudiants des grandes écoles (X, Centrale, Essec, Sciences Po) envisagent de partir à l’étranger pour y chercher un emploi après l’obtention de leur diplôme ». Les mieux formés, donc, et ceux qui, pour leur formation, ont coûté le plus à la nation française.

Pour info, voilà le coût d’une scolarité normale : 3 ans de pré-élémentaire à
4.970 euros + 5 ans d’élémentaire à 5.440 euros + 4 ans de collège à 7.930 euros + 3 ans de lycée à 10.240 euros = 104.550 euros + 4 ans d’université au coût moyen de 8.000 euros, ou bien 1 an de prépa à 13.880 euros + 4 ans de grande école ou institut à 21.000 euros. Soit 136.550 euros pour les premiers et 202.430 euros pour les seconds[ref]Source : education.gouv.fr[/ref]. Financés par nos impôts, puisqu’il ne s’agit là que de ce qui est strictement pris en charge par l’État français.

Voilà donc venu le temps des « globe workers ». Chaque année, nous dit l’économiste François Lenglet, « c’est une ville comme Calais, Colmar ou Nancy » qui s’évanouit hors des frontières, une nouveauté pour notre pays où l’on n’a jusqu’ici émigré « que pour des raisons religieuses » ou politiques. Elles sont aujourd’hui grandement économiques, comme partout : chômage, difficulté d’entreprendre, fuite devant une pression fiscale mortifère, absence de perspectives…

Les optimistes diront que l’expatriation est une « tête de pont », un « levier de croissance » pour la renaissance de la mère patrie. Les pessimistes s’alarmeront de voir nos pays se vider de ses futures élites, chèrement formées, et se remplir de miséreux affamés échoués sur nos côtes. Alors parions sur l’optimisme…

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4 janvier 2014

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