La France s’offre si facilement à tout venant…

Que veut-il dire, être français ? Une tribune récente dans le New York Times contribue à faire la clarté sur la question.

Pamela Druckerman, une Américaine qui décrit depuis quelques années d’une façon charmante ses impressions de la vie parisienne, nous parle de l’accord de sa citoyenneté française et, avec une admirable franchise, des raisons pour lesquelles elle l’a demandée.

Elle commence avec une petite blague qui risque d’exciter les bataillons de l’AGRIF : son amie lui demande si, depuis qu’elle est française, elle trouve qu’elle devient plus impolie.

Mais passons. Elle continue : “J’avais fait la demande pour devenir française — ou plutôt franco-américaine, puisque j’ai maintenant la double nationalité — en partie parce que je pouvais : j’ai habité et payé des impôts ici assez longtemps.” Avec un mari britannique, elle avait déjà le droit de vivre n’importe où en Europe. Même si sa citoyenneté américaine est “l’ultime garantie de sécurité” — elle raconte que, dans le passé, certaines personnes de ses relations restées en Russie au lieu d’immigrer en Amérique ont payé de leurs vies cette erreur —, un deuxième passeport “dans cette nouvelle ère nationaliste” représente une protection de plus contre une éventuelle expulsion.

Beaucoup de mes anciens collègues ont fait la même chose, pour plus ou moins les mêmes raisons. Ils ont peut-être un mari ou une épouse française, ils trouvent la vie à Paris agréable, leurs enfants sont à l’école ici, l’assurance médicale est devenue follement chère là-bas. C’est-à-dire que c’est une mesure pratique et prudente.

Druckerman dit que, dans son entretien, on lui a demandé de dire pourquoi elle voulait devenir française. Elle a hésité : devrait-elle répondre qu’elle avait un désir brûlant, un appel spirituel ? Finalement, non, elle ne dit que la simple vérité : qu’elle aime être ici.

À nous, elle confie la peur qu’ont elle et son mari de Trump, mais elle ajoute qu’elle “est devenue attachée à la France, en plus”.

Et là, il faut que je m’insère dans cette histoire. Je suis peut-être naïf, peut-être égoïste, peut-être bêtement sentimental, mais je me trouve extrêmement jaloux de cette faveur que la France octroie à tous ces gens, aussi gentils qu’ils soient. J’aurais préféré une France plus austère, plus hautaine, plus exigeante. Sa légèreté suscite quelque chose de triste en moi et me détermine à ne jamais demander ce qu’elle offre si facilement à tout venant. Sa promiscuité rend mon amour froid et chaste.

Vers la fin de son article, Druckerman parle des immigrés illégaux aux États-Unis, la plupart desquels sont là depuis plus de dix ans. De sa propre expérience en France, elle dit : “Je peux attester du fait que — quel que soit votre statut d’immigration — cela est suffisant pour appartenir à un lieu.”

Si vous êtes d’accord, excusez-moi d’avoir gaspillé votre temps.

Vive la France ! Vive le lieu !

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