Chirac nous aura fait regretter Mitterrand ; et Sarkozy, Chirac. Hollande serait-il aujourd’hui en passe de nous refiler la nostalgie du sarkozysme de naguère ? était (est toujours) un cynique, doublé d’un atlantiste pro-israélien ; comble pour un homme ayant placé son parcours sous les auspices du Général. On le savait (on le sait toujours) ; mais au moins sait-on à quoi s’attendre.

Avec François Hollande, c’est un peu différent. L’homme est tout aussi cynique ; à cette différence près qu’en matière de intérieure et extérieure, il fait preuve, malgré les efforts notoires de Laurent Fabius en cette dernière, d’un amateurisme aussi touchant que persistant. Ainsi aura-t-il réussi ce tour de force ayant consisté, cette semaine, à déclencher une crise diplomatique avec ce traditionnel allié qu’est le Maroc. Cela aurait été prémédité, pourquoi pas. Mais le problème, c’est que tout cela paraît relever de l’improvisation la plus totale.

Soyons justes : le premier clou planté dans le cercueil des traditionnelles relations franco-marocaines remonte à 2011 – soit sous le règne de Sarkozy. À l’ONU, notre ambassadeur Gérard Araud aurait dit à propos du Maroc : « C’est une maîtresse avec laquelle on dort toutes les nuits, dont on n’est pas particulièrement amoureux, mais qu’on doit défendre… » Mots pas très gracieux, en effet. Et surtout très bêtes, puisque proférés devant l’acteur espagnol Javier Bardem – le méchant du dernier James Bond – qui était justement en train de tourner un documentaire sur le Sahara occidental, ex-colonie madrilène et qui est un peu à Rabat ce que l’Alsace-Lorraine pouvait être au de la IIIe République. Mots, pour finir, évidemment démentis par le Quai d’Orsay, mais pas oubliés par nos « amis » marocains, et d’ailleurs pas près de l’être, au vu du nouvel épisode qui suit.

Ce jeudi dernier, pour tout arranger donc, sept policiers se sont invités à l’ambassade marocaine de Paris, signifiant à Abdellatif Hammouchi, patron du contre-espionnage marocain, qu’il était sous le coup de multiples accusations de torture en ce même Sahara occidental, accusations dues à l’ACAT (Action des chrétiens pour l’abolition de la torture). Et ce, en faisant fi des traditionnels canaux diplomatiques ; lesquels sont justement là pour éviter semblables embrouilles.

Évidemment, les Marocains sont furieux, on les comprend. Et les autorités françaises penaudes, on les plaint. Et on leur souhaite surtout bien du plaisir dans les décennies à venir. Faudra-t-il donc ne prendre langue qu’avec des pays irréprochables en matière de droits de l’homme ? Ça pourrait bien limiter notre carnet d’adresses diplomatiques. Quoi qu’on puisse penser du Tibet, de l’Ukraine ou du Sahara occidental, il s’agit là d’histoires d’ordre strictement interne aux nations concernées. Qu’on les évoque, oui. Qu’on veuille en être à la fois juge et partie est une autre histoire…

Le Maroc n’est peut-être pas une monarchie irréprochable et il y aurait beaucoup à dire sur son rôle dans le trafic de stupéfiants ou celui, des plus troubles, en matière de soutien à l’ de combat durant la guerre civile en Algérie. Mais la France est-elle une République à ce point irréprochable pour s’arroger le droit de se poser en arbitre des élégances politiques ?

Au-delà des considérations historiques et morales, il y a évidemment la politique. Art dans lequel François Hollande, tout juste apprenti qu’il est, ne risque pas, hormis miracle, de passer maître.

Qu’on laisse les enfants s’amuser avec le pot de confiote, pourquoi pas, à la rigueur. Leur confier bouton rouge, et diplomatie, c’est une autre affaire. Celle qui nous brouille avec le royaume chérifien en est une belle illustration…

28 février 2014

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