Mercredi matin, était l’invitée de la matinale de France Inter. Ambiance Chasses du comte Zaroff : haro sur la bête immonde qui monte et pugilat radiophonique promis à faire date. À la fois hilarant – la donzelle sait se défendre – et consternant, nous sommes tout de même sur une radio publique financée par les sous de contribuables qui aimeraient sûrement que les diverses sensibilités politiques soient ici représentées. Parce que là, avoir le choix entre gauchisme soft de Bernard Guetta, gauchisme mal élevé de Patrick Cohen et gauchisme inculte de Pascale Clark, c’est toujours un peu lourd à digérer à l’heure du petit déjeuner…

Il y a fort longtemps, sur France Inter, il y avait pourtant les chroniques littéraires d’un Jean-Louis Bory, homosexuel qui portait plutôt à gauche, et celles, historiques, d’un Jean-François Chiappe qui, même vice-président du Front national et royaliste de conviction, avait son rond de serviette attitré à La Tribune de l’histoire, émission créée par André Castelot et Alain Decaux. Le même Chiappe pouvait encore, à l’ORTF, cosigner un film consacré aux Cathares avec le très communiste Stellio Lorenzi. Ce temps était un peu le « bon temps »

Revenons-en plutôt à France Inter façon 2013. Durant la revue de presse, on est bien embêté avec les vidéos de surveillance relatives à l’affaire Clément Méric et récemment rendues publiques, selon lesquelles l’agressé était aussi un peu et avant tout l’agresseur. Qu’importe, il incarnait le « bien », soit l’antifascisme sans fascistes, et les autres le « mal » : trente présumés « fascistes », les fameuses JNR, Jeunesses nationalistes révolutionnaires, qui sont encore un peu loin de la prise du pouvoir, le RER D n’ayant pour l’instant aucune correspondance vers la marche sur Rome.

Nonobstant, république et démocratie peuvent désormais souffler, Serge Ayoub (leader des JNR) venant de s’autodissoudre, non sans panache ni sans humour : « J’ai dissous pour l’honneur, pour ne pas être dissous par d’autres ! »

Manœuvre dilatoire ? Le revuiste en question, conscient que la question est en train de passer de la tragédie – mort d’un gamin – à la comédie – antifascisme de comptoir à forte valeur ajoutée hallucinogène –, appelle le dernier éditorial de Libération à la rescousse. C’est signé Fabrice Rousselot : « On ne peut que se féliciter de voir des jeunes déterminés à rejeter les idéaux nauséabonds de groupes fascistes antirépublicains qui ont fait de la haine leur fonds de commerce. Aux politiques qui tenteraient donc de récupérer ces images brouillées pour exonérer une extrême droite radicale qui veut s’inviter dans l’espace public, il faut opposer une fin de non-recevoir. Les fascistes sont une menace pour la démocratie, pas ceux qui les combattent. »

Bon, on notera que les « antifascistes » d’Action directe, un temps chouchoutés par le quotidien maoïste fondé par Serge July, ne se battaient pas exactement avec des épées en bois et des pistolets à eau ; Georges Besse, patron de Renault, et le général René Audran sont assez morts pour le savoir.

Qu’importe, malgré ses tocades et ses foucades, Libération avait autrefois de la gueule et, mieux, du style. Tenez, le 24 novembre 1978, Serge July prenait la défense du professeur Faurisson : « Tout se passe en fin de compte comme si les partisans de l’interdiction générale avaient peur, par les effets de la tolérance, de découvrir combien toutes les catégories de racisme imprègnent notre société. Outre leur superbe, il y perdraient l’illusion d’une société aseptisée, sans conflits, sans affrontements, sans risques, sans vérités, et dont les citoyens seraient des assistés émasculés de toutes possibilités de rébellion. »

Mieux, le 5 juillet 1979, l’essayiste Guy Hocquenghem signait un article dont Alain de Benoist se souvient encore : Contre, tout contre la nouvelle droite…

À l’époque, Pierre Desproges affirmait que la lecture d’un seul numéro de Minute équivalait à se fader l’intégrale de Jean-Paul Sartre, puisqu’on y avait à la fois La Nausée et Les Mains sales. C’était faux, mais terriblement drôle. Aujourd’hui, il n’est pas illicite de retourner le compliment à Libération. Parce que ce coup-ci, c’est vrai et affreusement triste.

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