La France se droitise, lit-on dans les gazettes. Ça reste à démontrer. Une fois n’est pas coutume, le sémillant Frédéric Lefebvre, naguère première gâchette de Nicolas Sarkozy, trouve les mots justes : “La France ne se droitise pas, elle se radicalise.” Ça, voilà qui est démontré depuis belle lurette ; enfin, depuis au moins le début du quinquennat hollandesque.

Et, ce coup-ci, c’est plutôt la droite qui s’y colle en premier avec . Et pas n’importe quelle droite, s’agissant de cette France bien élevée qu’on n’avait pas vue arpenter le trottoir depuis 1984, grande époque des manifestations en faveur de l’école privée. Si les gros bataillons de cette dernière sont gentiment rentrés chez eux, ou dans la défunte UMP pour s’y faire plumer une fois encore, une frange d’irréductibles s’est radicalisée davantage : le mouvement des Veilleurs et leurs épigones partis fonder la remarquable revue Limite, prônant décroissance économique, écologie à la fois humaine et… radicale.

En face, d’autres Français, certes minoritaires chez les homosexuels, participent de cette même dérive, tel un Pierre Bergé retweetant le souhait exprimé par certain de voir une bombe exploser sur la foule des opposants à la loi Taubira. Ce sont encore d’autres Français, issus des « quartiers », comme on dit, qui se radicalisent contre une forme de radicalité gouvernementale consistant à vouloir mettre un humoriste en prison, Dieudonné en l’occurrence. De cette radicalité en miroir en naîtra bientôt une autre, doublement transgressive, dans les quartiers nord de Marseille, là où ces « néo-Français » ont choisi le lepéniste Stéphane Ravier pour premier édile, phénomène qui aurait mérité d’être plus longuement commenté, sachant que dans le même temps, nombre de Français juifs se radicalisaient à leur tour et ce, pas toujours dans la bonne humeur : la Ligue de défense juive n’étant pas précisément un club de bridge.

Socialement parlant, la radicalisation est également au rendez-vous avec des manifestations dégénérant souvent en émeutes ; de en Nuit debout, de zadistes en casseurs, de loi El Khomri en loi Macron, c’est l’ubérisation des révoltes… Sans compter, il va de soi, sur une radicalisation autrement plus sanglante : celle de musulmans, certes marginaux en leur propre communauté, mais minorité singulièrement agissante, suscitant (c’est logique) la radicalisation de Français de plus vieille souche ayant le désagréable sentiment de devenir étrangers en leur propre pays.

Puis, au tour des supporters de football, qui se livrent à de véritables batailles rangées dans les centres-villes, à des ouvriers au bord de lyncher les cadres venus les licencier, à des syndicalistes plus ou moins avérés venus saccager le siège parisien de la CFDT, à des cégétistes – choses jamais vues – prêts à en découdre avec les forces de l’ordre.

Dans le champ électoral, le phénomène est similaire : Front national et Front de gauche, radicaux chacun à leur manière, puisque refusant l’un et l’autre de participer d’un système au bord de la déroute. Avec le Brexit anglais, une autre digue vient encore de sauter. Grande jacquerie à venir ? Comme toujours, l’avenir le dira. Avec “La France apaisée” pour slogan de campagne présidentielle, a eu le nez creux, même si on lui souhaite bien du courage.

24 juin 2016

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