La France, cible n° 1 des djihadistes

“La France est clairement la cible n° 1” de l’État islamique, affirmait en août le président du Centre d’analyse du terrorisme Jean-Charles Brisard, qui évalue sa fortune à 2.000 milliards de dollars, provenant en majeure partie de l’exploitation de pétrole. De quoi perpétuer des attentats de grande ampleur. Dans une interview fleuve accordée à Paris Match cette semaine, le juge Trévidic enfonce le clou : “La menace est à un niveau maximal, jamais atteint jusqu’alors. […] Je le dis en tant que technicien : les jours les plus sombres sont devant nous. La vraie guerre que l’État islamique entend porter sur notre sol n’a pas encore commencé.”

Une situation d’autant plus complexe et préoccupante qu’elle sévit sous la double forme d’une “armée de terroristes aux moyens illimités” d’environ 30.000 soldats et du “djihad individuel”, commis par des individus isolés, mal préparés, qualifiés par l’ancien juge antiterroriste de “scuds humains” et par la novlangue médiatique de “loups solitaires” ou de “déséquilibrés”. La France est-elle en mesure d’anticiper et de neutraliser le danger ? “On frise l’indigence à l’heure où la menace n’a jamais été aussi forte. Ces deux dernières années, j’ai constaté par moi-même qu’il n’y avait parfois plus d’enquêteurs pour mener les investigations dont nous avions besoin !” Quant aux dispositifs Vigipirate ou Sentinelle, ils sont certes nécessaires mais “ça ne résout rien” ; ils ne font que déplacer le problème. L’État islamique frappera, et fort. C’est « inéluctable ».

Tout aussi alarmiste, le rapport rendu par Malek Boutih cet été pointe la montée d’un “djihadisme de masse”, alimenté par une “jeunesse frustrée prête à basculer”. À l’image d’Émilie König, trentenaire lorientaise partie en Syrie dès 2012 et inscrite depuis mardi sur la liste noire américaine des “combattants terroristes étrangers”, car elle aurait “ordonné à des individus d’attaquer des institutions gouvernementales françaises”. Décrite comme une “recruteuse” et une “propagandiste” bien connue, elle serait “très active sur les réseaux sociaux”, arme d’endoctrinement massif des islamistes qui, depuis un an, multiplient les appels à “tuer tous les infidèles” de l’Hexagone via des vidéos ou des campagnes sur Twitter à forte connotation antisémite.

En guise de parade, le Centre international pour l’étude de la radicalisation et des violences politiques (ICSR), rattaché au King’s College de Londres, a recueilli les confidences de 58 djihadistes repentis, revenus totalement désabusés de leur voyage au bout de l’enfer. Ils pensaient y dégoter la belle vie, ils ont découvert la barbarie, la corruption, les exécutions arbitraires, la précarité, au sein d’un État islamique qui “tue toute personne qui dit non”. Que pèseront ces témoignages face au lavage de cerveau méthodique de Daech, par lequel la religion devient palliatif d’un vide existentiel et tremplin d’une affirmation de soi, et où l’idéologie n’est qu’une échappatoire à un quotidien dans l’impasse ?

Le journaliste allemand Jürgen Todenhöfer a réussi l’exploit de passer Dix jours dans l’État islamique, titre de son livre. Il en est ressorti plus pessimiste que jamais. “Ils veulent rayer l’Ouest de la surface de la terre dans un holocauste nucléaire. […] Chaque jour, des centaines de combattants volontaires les rejoignent. Ils sont l’ennemi le plus brutal et le plus dangereux que j’aie jamais vu de de ma vie.” Il s’agit tout bonnement de mener à terme “la plus grande purification religieuse de l’Histoire” et, pour ce faire, à se procurer la bombe atomique. Une hypothèse jugée hautement improbable par les spécialistes, mais qui illustre la détermination mortifère de ces hérauts de l’obscur.

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