Après la démonstration de force de Quimper, le rejet par Jean-Marc Ayrault de l’ultimatum des Bonnets rouges laissait mal augurer de la suite des événements. L’ouverture à Rennes des négociations entre le préfet de région, ambassadeur plénipotentiaire du gouvernement français, et les représentants, élus ou non, de toutes les forces vives du peuple breton permet désormais d’envisager l’avenir avec un certain optimisme.

Certes, comme il est de règle dans ce genre de conflits, les positions des deux camps semblent au départ inconciliables. Tandis que Paris se refuse à annoncer le retrait définitif de l’écotaxe et proclame son intention de traduire devant les tribunaux les auteurs de violences, Carhaix exige le retrait de la mesure qui a mis le feu aux poudres et fait de l’impunité des manifestants et des incendiaires une condition sine qua non de la participation de la délégation bretonne à la poursuite des pourparlers.

« L’essentiel », a déclaré M. Laurent Fabius, ministre français des Affaires étrangères, « est que les adversaires se soient assis à la même table et ne la renversent pas ». De fait, l’attitude de Mme Nadine Hourmant qui, bien que déléguée Force ouvrière chez le volailler Doux, représente la tendance dure du mouvement breton, à telle enseigne qu’elle a dit ne plus faire confiance à ses interlocuteurs français, reste minoritaire. Pour fragile que soit la trêve de fait enregistrée ces dernières quarante-huit heures, les deux parties en présence manifestent une commune bonne volonté et à la « paix des braves » proposée par le Premier ministre français, M. Christian Troadec semble vouloir répondre par une main loyalement tendue.

Certes, nous n’en sommes qu’au début d’un processus de paix suivi avec l’attention et l’anxiété que l’on sait par les Nations unies. M. Ban Ki-moon a, du reste, cité à l’occasion du conflit franco-breton un vieil adage sud-coréen selon lequel, lorsque le tigre et la chèvre font un pas l’un vers l’autre, c’est le signe que leurs positions se rapprochent. Interrogé sur le point de savoir qui était le tigre et qui était la chèvre, le secrétaire général de l’ONU n’a répondu que par un fin sourire.

De source bien informée, il apparaît que la discussion achoppe encore sur quelques points annexes tels que le montant des réparations dues par la France à la Bretagne, la substitution du fameux Gwenn ha Du au drapeau tricolore et les modalités du remplacement des autorités civiles et militaires françaises par leurs homologues bretons. On n’en reste pas moins confiant à Matignon, où l’on maintient que le pacte entre les deux puissances jusqu’ici antagonistes pourrait être conclu et ratifié dès la fin novembre.

7 novembre 2013

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