Editoriaux - Table - Théâtre - 12 août 2015

La France aime les djihadistes : elle les garde !

Face à l’effroyable progression de l’État islamique et à l’indéniable séduction qu’il opère auprès de certains jeunes Français, le gouvernement a eu une idée.

Non pas une réponse ferme et lucide, telle que la fermeture des mosquées salafistes ou le démantèlement de l’économie souterraine qui permet à de nombreux quartiers de vivre en dehors des lois de la République et de financer des activités terroristes. Pas davantage une réponse diplomatique qui verrait la France s’affranchir enfin de son hostilité à Bachar el-Assad et suggérer la formation d’une coalition régionale pour « buter les terroristes de Daech jusque dans les chiottes ».

Non, en France, nous n’avons pas Poutine ; nous avons Cazeneuve. Cazeneuve qui, bien qu’étant l’un des rares ministres compétents de l’actuel gouvernement, n’est pas homme à renverser la table. Plus un adepte tatillon de mesurettes administratives qu’un combattant que requerrait pourtant la situation présente.

Aussi a-t-il fait voter par le Parlement un nouvel article L. 221-4 du Code de la sécurité intérieure qui dispose : “Tout Français peut faire l’objet d’une interdiction de sortie du territoire lorsqu’il existe des raisons sérieuses de penser qu’il projette : 1° Des déplacements à l’étranger ayant pour objet la participation à des activités terroristes ; 2° Ou des déplacements à l’étranger sur un théâtre d’opérations de groupements terroristes, dans des conditions susceptibles de le conduire à porter atteinte à la sécurité publique lors de son retour sur le territoire français […]” En clair, nous aimons tellement nos djihadistes potentiels que nous souhaitons les garder en France !

Voici une mesure d’ailleurs fort contestable : frustrés de ne pouvoir rejoindre les théâtres d’opération en Syrie ou en Irak, ces individus présenteront un risque fort de passage à l’acte en France. Le chemin de l’enfer est décidément pavé de bonnes intentions.

Sur le fondement de ces dispositions, les préfets ont commencé à prendre des mesures d’interdiction de sortie du territoire à l’encontre d’individus à risque. Ceux-ci peuvent contester ces décisions devant un tribunal administratif. Dans un jugement récent que s’est procuré Boulevard Voltaire, le tribunal administratif de Paris annule une décision du préfet du Haut-Rhin. C’est ainsi que se déroule le processus normatif en France : les représentants du peuple votent une loi, et les juges, « gardiens des libertés » (sic !) et hérauts de l’empire du bien, la vident illico de sa substance.

Dans le cas qui nous intéresse, une jeune Française (de souche) est soupçonnée, tant par les services de renseignement que par sa propre mère, de vouloir quitter la France pour combattre aux côtés des troupes de l’État islamique. Balivernes, nous disent les magistrats du tribunal administratif.

En effet, la jeune femme en question n’a pas indiqué un théâtre d’opération précis : elle aurait sans doute dû avoir en poche un billet d’avion pour Kobané ou Palmyre ! Les juges nous disent également que celle-ci contredit les affirmations des services de renseignement et de sa propre mère : mais elle n’allait pas, lors de son audition, avouer spontanément ses visées terroristes aux services de police ! Comment les service du ministère de l’Intérieur pourraient-ils donc s’y prendre pour démontrer aux juges la justesse de leur appréciation dans de telles situations ? Last but not least, les magistrats indiquent que si la jeune femme fréquentait assidûment une association proche des milieux salafistes, un simple courrier dans lequel ladite association indique condamner le djihad suffit pour balayer d’un revers de main tous les soupçons des services de police la concernant !

Amis djihadistes, notez pour plus tard : créez une association, que vous nommerez par exemple « Islamisme et dialogue », indiquez dans ses statuts que le terrorisme, c’est très mal, et les brillants esprits des magistrats administratifs prendront cela pour argent comptant !

Voici le préfet du Haut-Rhin, les services de renseignement et la famille de la jeune femme renvoyés à leurs chères études ! Et, cela va sans dire, le tribunal administratif a condamné l’État à verser 1.500 euros à la requérante. Celle-ci pourra ainsi s’offrir un voyage pour fêter la décision du tribunal. Une idée, sur son prochain lieu de villégiature ?

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