Il y a des coïncidences intéressantes, dans la vie. Ainsi, une trentenaire passée de businesswoman chômeuse au glorieux statut de « professeur des écoles » (eh oui, ça existe !) me confiait hier son désarroi. Au terme de sa première année d’enseignement dans un charmant village de la France rurale, elle est aussi perdue qu’effondrée par ce qu’il lui faut bien constater.

"Sur les 49 enfants en grande section de maternelle et qui vont entrer en CP, 15 ou 16 seulement apprendront à lire dans l’année ; le même nombre saura ânonner ; quant aux autres, il faudra mettre en place un dispositif spécial avec jeux, surtout pour le calcul, puisqu’ils n’arrivent même pas à compter jusqu’à 2 (sic). C’est absolument catastrophique", m’écrit-elle.

En juillet dernier, alors qu’elle terminait ses mois de stage, elle m’avait déjà fait part de sa sidération. Étonnée d’abord des propos de sa directrice, celle-ci lui disant : "Avant, je travaillais en ZEP dans la région parisienne. Aujourd’hui, je regrette de ne plus y être." Puis découvrant l’ampleur de la tâche qui l’attendait devant ces enfants à jolie frimousse. Pas « d’extra-Européens » parmi eux, me disait-elle, pas d’ombre planante d’une immigration qui serait si commodément désignée mère de tous les maux. Pourtant, "un seul enfant porte un prénom à consonance française : Raphaël. Tous les autres, sans exception, portent des prénoms de séries télé américaines : Sayan, Shaïyann, Kyle, Kyliane, Kyllian ou Kylian, Kellie, Kelya, et même Junior… Même chose 20 kilomètres plus loin. Là, sur les 97 familles qui fréquentent l’école maternelle, on compte seulement 1 couple marié et 7 enfants sont déjà placés en famille d’accueil."

On ne sait qui a commencé, de la poule ou de l’œuf, de l’enseignant ou de l’enseigné, mais la réalité est là et l’on n’est guère étonné de la révélation du jour : la France s’enfonce sinon dans l’illettrisme, du moins dans la dysorthographie.

Le premier baromètre Voltaire, soit "la plus grande base de données concernant l'orthographe et les Français, du collégien au salarié", publié aujourd’hui par Le Parisien, révèle ce que l’on constate tous les jours : "Des millions de Français de toutes les classes sociales ont de sérieuses lacunes en grammaire et en orthographe. Depuis un quart de siècle, des études montrent que la connaissance des subtilités de notre langue exigeante battait de l'aile, surtout en classe." Ces statistiques ont été établies à partir du Projet Voltaire, premier service en ligne personnalisé de remise à niveau. Ce qui témoigne déjà de l’intérêt des participants !

Résultat : "En 2010, les quelque 5.000 utilisateurs du logiciel maîtrisaient 51 % des 84 règles d'orthographe de référence. Aujourd'hui, sur un panel de 85.000 “clients”, le pourcentage a chuté à 45 %." Soit une baisse de 6 points en à peine 5 ans.

Et qu’on ne vienne pas nous dire, comme on l’entend souvent : "Oui, mais les enfants d’aujourd’hui savent tellement de choses par rapport aux anciens !", ou encore "L’orthographe ne sert à rien, tout cela c’est dépassé, et puis il y a les correcteurs automatiques". C’est faux. Ceux dont on parle plus haut ne savent rien. Et bien sûr que si, l’orthographe est importante, sinon pourquoi tant d’entreprises dépensent-elles des fortunes pour remettre leur personnel à niveau ? Quant aux correcteurs de nos ordinateurs, ils réclament autant de connaissances que de vigilance, tant ils rajoutent des âneries à la pelle !

À qui la faute ? À l’Éducation nationale, disent unanimement les médecins penchés sur le malade, qui a supprimé non seulement les heures de cours, mais aussi et surtout l’affreuse dictée si discriminatoires et l’apprentissage des règles de grammaire jugées trop contraignantes. Une Éducation nationale inféodée aux pédagogues à l’idéologie criminelle.

Toutes choses auxquelles la dernière réforme de Najat Vallaud-Belkacem ne remédiera nullement, mais dont elle risque au contraire d’aggraver les ravages !

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12 juin 2015

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