Le français sur les chantiers : les dessous politiques de la « clause Molière »

On l’appelle “clause Molière” ou encore l’“amendement Petit Larousse” : voilà qui fleure bon la langue française. C’est Vincent You, adjoint LR au maire d’Angoulême et directeur de l’hôpital de Confolens, qui l’a imaginée. Cette clause, introduite dans les appels d’offres publics, impose l’utilisation du français sur les chantiers. Officiellement, pour des raisons de sécurité. Les entreprises qui ne peuvent se plier à cette condition doivent engager un interprète assermenté. De quoi les dissuader.

Plusieurs régions l’ont adoptée : la Normandie, les Pays de la Loire, les Hauts-de-France, Auvergne-Rhône-Alpes… La liste s’allonge. Jeudi, l’Île-de-France a validé un projet en ce sens : la clause concernerait non seulement les chantiers publics, mais aussi le transport, la formation professionnelle, les activités de conseil, etc. Dommage que ces défenseurs de la langue française le dénomment “small business act” !

La gauche s’y associe rarement. Elle estime qu’une telle mesure serait discriminatoire et pourrait nuire aux intérêts économiques de la France si les pays européens concernés se mettaient à avoir les mêmes exigences à l’égard des ressortissants français. Le MoDem s’y oppose généralement ou se montre réticent. On ne s’étonne pas, en revanche, que cette clause soit appréciée des élus FN.

Mais voici que cette affaire rebondit en Auvergne-Rhône-Alpes. Saisi par l’opposition, le préfet estime que cette mesure est illégale et demande à Laurent Wauquiez de modifier les points litigieux ou de retirer la délibération. La région n’a pas l’intention de céder : “On ne modifiera pas cette délibération et on ne la retirera pas, c’est un tribunal qui dira, le cas échéant, s’il faut le faire.”

On peut penser que le parti LR, à l’origine de cette disposition, manifeste quelque hypocrisie ou qu’il pratique, comme les jésuites au XVIIe siècle, la direction d’intention. Car, enfin – on l’a bien compris –, c’est une façon détournée de limiter le nombre de travailleurs détachés et d’enfreindre la directive européenne. Jusqu’à l’approche des élections présidentielles, il ne s’était guère inquiété de ses conséquences.

Il faut, cependant, constater qu’une partie des Républicains, même s’ils sont partisans de l’Union européenne, remettent en cause son fonctionnement. Ils ne le disent pas trop ouvertement, pour ne pas reconnaître que les positions du Front national dans ce domaine ne sont pas toutes dénuées de bon sens.

L’adoption de cette mesure confirme également qu’une frange de l’électorat LR – et sans doute d’élus – partage des points de vue défendus depuis longtemps par le FN. Laurent Wauquiez ne l’a-t-il pas emporté aux élections régionales en incarnant une ligne dure qui a pu séduire des électeurs de Marine Le Pen ?

Faut-il y voir les prémices d’alliances locales LR/FN dans certaines circonscriptions, lors des prochaines législatives ? Pour le moment, les uns et les autres jurent que non. Mais l’intérêt commun adoucira peut-être ces résolutions. Tout dépendra du résultat final de la présidentielle.

Après tout, Henri Guaino se voyait bien travailler avec Marion Maréchal-Le Pen. Quant à Jean-Frédéric Poisson, il n’avait pas exclu de voter FN dans un second tour Le Pen-Juppé : que ferait-il dans le cas d’un duel Le Pen-Macron ?

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