Editoriaux - Politique - Sport - Union Européenne - 27 octobre 2014

Foot dans les Balkans : du pain, des jeux… et la guerre en embuscade

Tout le monde a parlé de la fin tumultueuse du match de foot qualificatif pour l’Euro 2016 entre la Serbie et l’Albanie, mais peu de personnes ont essayé de comprendre pourquoi. Pourtant, pour quiconque connaît un minimum les Balkans, la probabilité pour que ce match ne se termine pas était de 100 %.

En effet, il aura suffit d’un drone auquel était attachée une bannière avec une carte de la Grande Albanie flanquée de deux héros nationalistes albanais pour que les joueurs et le stade surexcités en viennent aux mains. Après le match, dans les rues de Tirana, on célèbre « la victoire des héros albanais à Belgrade ». À Pristina, les Albanais fêtent une « deuxième libération du Kosovo ». Au nord de la Serbie, des commerces albanais sont attaqués, au Monténégro des jeunes Albanais agressent des Serbes et au sud de l’Albanie des Grecs sont tabassés.

À Vienne, Serbes et Albanais s’affrontent le soir même du match jusqu’à tard dans la nuit. Au Kosovo, quelques jours avant le match, le monastère de Visoki Dečani avait été maculé de graffitis à la gloire de l’État islamique et de l’UCK et, depuis le match, il n’y a quasiment pas un jour qui ne passe sans que des Serbes soient attaqués : voiture brûlée à Gnjilane, maisons serbes incendiées à Drsnik et Istok, maison serbe à Klina et maison du prêtre d’Orahovac caillassées, drapeaux serbes arrachés et cocktails Molotov au nord de Kosovska Mitrovica…

Les États-Unis et l’Union européenne, qui dominent la région, sont en grande partie responsables de cette situation depuis que l’OTAN a bombardé les Balkans, et particulièrement les Serbes, dans les années 90. En créant artificiellement le Kosovo, l’OTAN laisse croire aux Albanais qu’ils pourront mettre en route leur fantasme de Grande Albanie.

Ce projet prévoit d’annexer à l’Albanie actuelle des terres de Serbie mais également du Monténégro, de la Macédoine et de la Grèce. On peut aisément comprendre que la simple présence de la carte de cette Grande Albanie excite beaucoup de monde dans le coin.

Les Balkans sont déjà dans une situation grave : crises d’identité, corruption, dette, chômage… Ce genre de projet ne favorise pas réellement le rapprochement entre les peuples.

Il y a 100 ans, l’intrépide Gavrilo Princip assassinait l’archiduc François-Ferdinand d’Autriche à Sarajevo et on dit, sans doute à tort, que cela déclencha la Première Guerre mondiale. Aujourd’hui, la situation n’est pas encore aussi explosive, mais si un match de foot peut créer autant de dégâts en dehors du terrain, on peut imaginer ce qu’un acte politique de la gravité de celui posé par le jeune Princip pourrait provoquer.

Tous les peuples de la région méritent que la situation s’apaise dans les Balkans mais, vu le marasme économique et les manœuvres géopolitiques étrangères actuelles, sauf miracle, les tensions vont s’aggraver et… il va y avoir du sport.

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