Editoriaux - Politique - 21 août 2014

Le foot, antichambre de l’apocalypse ?

J’ai assisté, il y a quelques jours, au match de football Bordeaux-Monaco. Le hasard a voulu que je me retrouve parmi les gradins réservés aux supporters de la capitale girondine. Pendant 90 minutes, j ai assisté alors à un spectacle inoubliable dispensé non pas par les joueurs sur la pelouse, mais par la foule qui m’entourait. Pas un moment cette foule ne s’est assise. Debout, donc, en permanence sur les sièges, elle était carrément envoûtée, endiablée, emportée, soulevée, pénétrée par une sorte de chef qui, micro en main et d’une estrade placée derrière les filets, par ses vociférations et ses appels pressants à lui faire prononcer des formules magiques – “marine et blanc” – puis lui faire entonner de petits chants saccadés – “allez, les Bor-de-lais !” –, la transformait en un esprit unique, en un sentiment de puissance et d’invincibilité. Et moi qui, pourtant, ne suis pas de Bordeaux, je me suis surpris à plusieurs reprises à brailler pour cette ville.

Et soudain alors, je me suis remémoré ces foules envoûtées qui buvaient à grandes lapées les paroles délirantes de Hitler ou de Mussolini, ces foules incontrôlées et donc imbéciles parce que ces maîtres fous leur avaient ravi le cerveau ; ces foules qui étaient allées plus tard jusqu’aux limites de l’apocalypse. Et j’en conclus que cette foule, autour de moi, était en fait la même foule ; et que sans doute un seul mot du chef en bas – un mot malhonnête, malsain ou tout simplement fou – pourrait conduire au débordement le plus surprenant – bref, à la violence pure. Et j’en conclus ainsi que nous avons tous en nous une part cachée de fascisme.

Car le fascisme, avant d’être un système politique qui fait triompher l’État sur la personne, est d’abord une réponse – mauvaise – au vide existentiel qui nous mine. Nietzsche a dit que nous avons tué Dieu. Mais depuis, ce crime nous a enfermés dans un champ de désespérance parce que nos yeux, désormais, ne regardent plus le ciel mais la terre. Or, le fascisme a parfaitement saisi cette réalité. Et pour que les peuples partent encore en croisade, il a fait muter leur déchéance en exaltation collective. Chaque jour, il s’est employé à pétrir la pâte de tous ces esprits dénudés et en errance pour en faire une foi globale et formidable destinée à le servir. Nous sommes donc tous une proie potentielle pour lui. Quand Jean-Luc Mélenchon, place de la République à Paris, s’adresse à la foule en mots chargés d’émotion pour l’enivrer, il ignore qu’il adhère ainsi au fascisme ou tout au moins à ses prémices.

Au fait, Bordeaux a gagné 4 a 1 sur Monaco.

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