Editoriaux - Politique - 17 août 2016

Fondation pour l’islam de France : le Che ne se dérobera pas !

À 77 ans, celui que ses amis surnommaient « le Che » n’a plus la fougue d’antan, mais il a encore des idées. Dans un entretien au Parisien, le lundi 15 août 2016, explique qu’il serait prêt, sous certaines conditions, à accepter de présider la Fondation pour l’islam de France, que le gouvernement veut relancer. Revenant sur certaines critiques formulées à son encontre, il présente sa vision de l’islam et de son intégration dans la République.

D’aucuns objecteront a priori que cette entreprise est vaine, que l’islam ne peut être compatible avec les principes républicains puisqu’il fait passer la loi religieuse avant la loi civile – contrairement au christianisme, qui n’a pas attendu le ralliement des catholiques à la République, sous l’impulsion de Léon XIII, pour accepter, selon le précepte de l’Évangile, de “rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu”.

Mais, si on le lit entre les lignes, on constate que l’ancien ministre de l’Intérieur juge qu’“il faut empêcher [les musulmans] de tomber dans l’impasse suicidaire dans laquelle les poussent Daech et les salafistes à la vue courte”. Même s’il reste prudent dans la formulation, il considère donc que les dérives islamiques sont liées à une interprétation intégriste de l’islam et ne découlent pas d’une idéologie qui lui serait étrangère – ce que tente de faire croire le gouvernement.

Pour lui, cette fondation serait “une bonne réponse à la poussée du terrorisme, conforme à l’intérêt des musulmans, aussi bien qu’à l’intérêt de la France”. Il invite donc les musulmans, à commencer par ceux qui font office de « cadres », à se réformer. Les 4,1 millions de musulmans que compte la France doivent pouvoir exercer leur culte, “mais dans le respect de la laïcité et des principes de la République”. Ce qui laisse entendre que c’est loin d’être toujours le cas.

Jean-Pierre Chevènement reconnaît que c’est “une œuvre de longue haleine”. Pour les pratiques extérieures, il conseille même la “discrétion”, ce qui a provoqué quelques remous. La mission première de cette fondation serait la formation profane des imans : “Leur enseigner ce qu’est la citoyenneté française, le cas échéant la langue française, les principes généraux du droit, en tout cas ceux régissant les rapports entre le culte musulman et les pouvoirs publics.”

Peut-être fait-il preuve d’optimisme en la matière. Les imans, fussent-ils modérés, estiment que l’État n’a pas à intervenir en quoi que ce soit dans leur domaine, que c’est l’affaire des seuls musulmans. De plus, il paraît évident qu’il ne suffit pas de suivre une formation pour effacer des convictions ou des préjugés ancrés par des siècles de tradition.

Deux conditions à sa présidence éventuelle : prohiber tout financement étranger ; conserver sa liberté d’expression en tant qu’homme politique. Sur ce point, il a fait ses preuves, même si la volonté de sauver quelques places de député a pu le conduire, dans le passé, à des compromis de circonstance. On note son indulgence pour Bernard Cazeneuve, qu’il apprécie beaucoup “pour sa modération, sa détermination, sa parole toujours maîtrisée” : portrait qui tient plus de l’hagiographie que de l’objectivité.

Jean-Pierre Chevènement souhaiterait aussi que les musulmans comprissent que, dans l’espace public où se définit l’intérêt général, “tous les citoyens doivent faire l’effort de recourir à la “raison naturelle””. Propos attendu chez un laïc convaincu, qui méconnaît sans doute que la foi et la raison, comme l’ont montré Jean-Paul II, puis Benoît XVI, loin de s’opposer, peuvent se compléter et s’enrichir mutuellement. À condition, pour la première, de ne pas sombrer dans le dogmatisme et, pour la seconde, de ne pas nier la possible rationalité de la foi.

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