Editoriaux - Politique - 11 février 2016

Le FN, ou l’art de sauver le système

La conclusion du séminaire du FN semble se résumer au vieil adage « On ne change pas une équipe qui gagne ». Gardés, le nom du FN, la stratégie « seul contre tous », la sortie par référendum de l’euro, etc. Sauf que ce schéma ne gagne pas : il perd.

Je n’ai rien à dire sur les orientations d’un parti auquel je n’ai jamais appartenu ; mais, pour les avoir souvent exposées à sa présidente quand je présidais une formation qui voulut être son alliée, j’aimerais rappeler trois évidences qui seront décisives en 2017.

1) La politique ne consiste pas à préparer les élections les unes après les autres pour élargir la part de marché électoral. C’est là, certes, la logique des partis, et c’est bien pourquoi leur jeu est si délétère – en 1947, de Gaulle avait comparé « l’occupation du pays par les partis » à l’occupation allemande ! La vraie politique consiste à gouverner. Que vaut un parti qui ne se soucie que du parti ? Rien, sinon à pourvoir des places à mesure de son périmètre – et à stériliser des voix que nulle perspective gouvernementale ne rend opérantes, neutralisant la résistance populaire au profit d’un système qui, ses adversaires étant ainsi rangés dans leurs cages et leurs fixations, n’a plus rien à craindre.

2) La mobilisation d’une partie de la France, notamment des jeunes, face à sa multiforme décadence, fait progresser le FN lors des partielles et des premiers tours. Progression qui cache, cependant, son impuissance à atteindre 50 % – si tant est que 50 % permettent de gouverner réellement. L’an dernier, départementales puis régionales ont vérifié la règle : un bon premier tour n’est rien quand le second est mauvais. Or, tout à la fièvre de faire progresser son parti (et de faire mieux que son père), Marine Le Pen ne songe guère au second tour, le seul qui compte. C’est plus vrai encore aux présidentielles, où jamais nul ne fut élu avec le soutien d‘un seul parti : elles supposent une stratégie d’alliance et, pour commencer, un rassemblement plus large que le parti : rien de cela n’est à l’ordre du jour, le RBM étant en plus supprimé.

3) Où trouver des personnalités locales ou nationales propres à élargir le périmètre, constituer des relais et des équipes gouvernementales ? Certes pas à gauche, qui n’a plus que l’anti-lepénisme pour faire bloc ; mais à droite, autour de Nicolas Dupont-Aignan, de Philippe de Villiers, de la MPT, de nombre de cadres et de caciques de l’ex-RPR et ex-UMP que le couple Le Pen–Philippot a rejeté dans les ténèbres extérieures sous l’opprobre UMPS, slogan facile mais faux – un électeur de droite ressemble moins que jamais à un électeur de gauche. Or, on n’attrape pas les mouches avec du vinaigre : évidence si éclatante qu’on se demande si l’erreur fatale du phillipotesque « ni droite ni gauche » est consciente ou n’est due qu’à la satisfaction étourdie d’être reconnu par le système et d’y jouer un rôle important – d’autant plus important qu’on le sauve.

Évidences dangereuses à rappeler : on y prend des coups de tous côtés, comme j’ai pu l’éprouver abondamment – y compris dans les colonnes de Boulevard Voltaire. Elles seront pourtant éclatantes dans quinze mois. Que ferons-nous, alors ?

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