Depuis la dernière élection présidentielle, tantôt en provenance de journaux hostiles, tantôt dans la bouche de militants se croyant bien informés, d’étranges rumeurs courent à propos d’une volonté - plus ou moins cachée - qui ne serait pas taboue mais dont personne n’ose parler, de changer le nom du Front national.

Lorsque l’on interroge les responsables politiques du mouvement, la plupart bottent en touche en indiquant que la question n’est pas à l’ordre du jour. Seul le député et le président d’honneur, Jean-Marie Le Pen, se sont clairement prononcés, le premier étant plutôt favorable à un changement alors que le second y est viscéralement opposé. Les adhérents seront finalement consultés après le prochain congrès du parti à Lyon.

Mais la question qui n’est jamais posée, aussi bien lors des discussions entre militants que sur les plateaux télévisés, est précisément celle de l’utilité d’un tel changement. Quel bénéfice politique pourrait retirer le Front national en changeant d’appellation ? Et question subsidiaire : que pourrait-il perdre ?

Voici deux arguments qui appuieraient la décision d’un changement de nom. Le premier est celui de la dédiabolisation : on ne compte plus le nombre d’ouvrages, d’articles ou de reportages vidéo qui traitent du FN dans un esprit partisan, mettant l’accent sur l'« extrémisme » de ses membres. Cette propagande incessante a très négativement « connoté » le nom du parti de Marine Le Pen.

Le deuxième argument est l’affirmation claire et incontestable d’une volonté de rupture. En changeant de dénomination, on change d’identité. Si la volonté commune des instances dirigeantes et de la base militante du parti est de proclamer un changement de paradigme politique, alors l’adoption d’un nouveau nom peut être un bon moyen d’y parvenir. L’histoire regorge d’exemples de personnages, tel Saul devenant Paul, qui rendent manifeste leur transformation intérieure par un changement de nom.

Mais le Front national veut-il changer à ce point ou souhaite-t-il simplement infléchir sa ligne pour correspondre aux nécessités de notre temps ?

Il ne faut pas oublier qu'un nom possède un caractère identitaire fort. De très nombreux militants, ayant traversé les années 90, très dures pour le FN après l'affaire de Carpentras, pourraient interpréter tout changement de nom comme une trahison, une négation de l' du parti, forgée à travers les épreuves du militantisme. Cela entraînerait un affaiblissement durable de l'appareil militant.

Par ailleurs, le nom "Front national" a le mérite d'annoncer la couleur. Le mot « Front » évoque la de la patrie ; quant à l'adjectif « national », il désigne explicitement la nation : un nom plus générique pourrait être le vecteur d'un flou idéologique.

Quelle que soit la décision prise, il est tout de même encourageant de voir qu'un parti qui prône le pratique la en interne.

21 octobre 2014

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