Absurdité, aveuglement ou folie furieuse, on ne sait plus comment qualifier l’attitude des dirigeants européens face à l’afflux de migrants. Et dans le domaine, les Allemands font très forts, comme d’habitude, entre bonne conscience criminelle et angélisme exterminateur.

Après les nouveaux drames, aussi sordides qu’inéluctables, en Méditerranée et surtout en Autriche, les médias germaniques se font l’écho d’une idée simple mais insensée : puisque l’on accepte tous les migrants en leur accordant les privilèges du droit d’asile (totalement inadapté aux défis du temps), pourquoi ne pas leur faciliter les choses en déclarant nos frontières ouvertes, et ainsi éviter ces morts qui heurtent la bonne conscience humanitaire du continent ?

Des “Flüchtlinge Willkommen” (Bienvenue aux réfugiés) au-dessus de buffets bien garnis où il ne manque que la fanfare, des bâtiments publics réquisitionnés dans tout le pays, des églises protestantes et catholiques en pointe offrant moyens matériels et bénévoles, des campagnes de collecte d’argent et de vêtements relayées par les télévisions.

Ils sont fous ! Quel formidable appel d’air ! Avec pour toute réponse politique avancée, plutôt que de traiter l’origine des problèmes (Syrie, Libye, État islamique) et d’installer les camps de réfugiés près des zones de combat, la promesse dérisoire de mieux répartir les migrants entre chaque État, d’instaurer un droit d’asile européen et de lutter contre les passeurs, en gros mieux gérer les flux ! Mais une invasion, ça ne se gère pas !

L’ prévoit d’accueillir 800.000 migrants-réfugiés en 2015, chiffre monstrueux auquel s’ajoutent autant d’immigrants légaux. Les Allemands sont trop sûrs d’eux, comme toujours. Ils surestiment leur puissance économique et, surtout, la capacité de la société allemande à absorber une telle vague de migrants.

Conséquences de quoi ils réveillent les vieux démons. Merkel, fille de pasteur, et le président Gauck, pasteur luthérien, jouent avec le feu. Des “pousse au crime”, chantait naguère Henri Tachan. Il n’est pas une semaine sans que des hooligans ou des néonazis ne mettent le feu à un centre d’accueil de réfugiés. En Saxe, berceau du mouvement PEGIDA, émeutes et chasse aux réfugiés ont remplacé les manifestations pacifiques.

“Ce qui perdra toujours l’Allemagne, c’est le mépris des limites », écrivait de Gaulle. Notre grand homme parlait en connaissance de cause. Ce que Goethe nommait l’hubris allemande et Heine l’inquiétant esprit de méthode de ses compatriotes. Les Allemands en font trop : hier le nationalisme, le bellicisme et le socialisme totalitaire, aujourd’hui leur bonne conscience humanitaire faite de sans-frontiérisme et “d’idées chrétiennes devenues folles”, comme pour se faire pardonner leurs crimes du siècle passé. L’Allemagne ploutocratique se refuse aux responsabilités géopolitiques et militaires de sa puissance.

Régis Debray nous rappelait, dans Éloges des frontières (2010), que le sans-frontiérisme est un impérialisme et qu’une “frontière reconnue est le meilleur vaccin contre l’épidémie des murs”. Ces mêmes murs que l’on voit apparaître un peu partout dans cet empire sur le déclin mais sans frontières des Européens où l’on accueille les migrants à bras ouverts.

30 août 2015

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