Dimanche, à Paris, étaient organisées deux manifestations. La première, à l’appel du NPA, de SOS homophobie, Attac, la CGT, l’UNEF et quelques autres associations, entendait, quinze jours après la mort de Clément Méric, dénoncer pêle-mêle le fascisme, l’homophobie, l’islamophobie et le racisme. Elle s’est ébranlée à 15 heures place de l‘Opéra.

Sur son passage, des dizaines de commerces ont été vandalisés, des vitrines brisées, du mobilier urbain saccagé, des immeubles taggés. Il y a eu 14 interpellations d’individus armés.

La deuxième, dans une démarche unitaire des opposants au mariage gay, venait soutenir Nicolas Bernard-Busse, condamné à deux mois de prison ferme et écroué à Fleury-Mérogis. Après un rassemblement à 19h place Dauphine, certains manifestants ont traversé la Seine en direction du jardin du Luxembourg et de la rue de Vaugirard. Les Veilleurs, sur la pelouse des Invalides, ont pris le relais. Aucun incident à signaler, tout s’est passé dans le calme et la sérénité, comme l’avaient demandé les parents de Nicolas : pas la moindre dégradation à signaler, aucune interpellation.

Je veux bien être une brave fille, croire ce que l’on me dit sans a priori, mais j’ai quand même des yeux pour voir. Comme les milliers de Parisiens d’ailleurs qui ont lu leur « gratuit » dans le métro ce lundi matin et qui, un peu perplexes, ont dû se gratter la tête : pour des gentils, les antifas sont quand même très excités, et pour des méchants, les opposants au mariage gay sont étonnamment polis… Ça sent un peu l’embrouille.

Mais à la télévision hier soir, ils ont tout bien expliqué : les antifas ont exprimé leur « colère », ils étaient vraiment indignés, parce qu’ils pleurent un des leurs. D’où les « débordements ». C’est une pratique courante, voyez-vous, tous ceux qui pleurent un des leurs vont casser les vitrines. C’est pour cela qu’il y a toujours un fourgon de CRS à la sortie des cimetières, pour cueillir les mamies venant de mettre en terre leur moitié, qui, dans un grand moment de douleur, attaquent souvent les fleuristes d’alentour au manche de pioche.

Quoi qu’il en soit, Manuel Valls a « condamné avec force » ces déprédations. C’est bien. Mais ça nous fait une belle jambe, la seule question étant de savoir si les juges qui auront à traiter le dossier des 14 casseurs interpellés vont aussi les « condamner avec force ». Les condamner avec au moins autant de force qu’ils ont condamné Nicolas, à deux mois de prison ferme avec mandat de dépôt. Et ce ne serait pas encore justice, loin de là, car Nicolas, je l’ai déjà dit, n’a jamais rien cassé d’autre, lui, que les pieds d’un juge et de quelques flics.

Alors voilà, maintenant on les regarde et on attend. De pied ferme et impatiemment. Fleury-Mérogis pour tous, et pas seulement pour un seul. Car l’improbable sévérité de la condamnation de Nicolas répond comme en écho au scandale du Mur des cons… Et ce n’est pas un hasard si, place Dauphine dimanche soir, certains manifestants ont croisé Clément Weill-Raynal.

24 juin 2013

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