Editoriaux - Histoire - International - Médias - Politique - Table - 25 janvier 2017

Pour en finir avec le mythe du président (Trump) mal élu

Les médias (anti-Trump, évidemment) utilisent à satiété le fameux déficit de voix du nouveau président des États-Unis sur Hillary Clinton pour jeter le discrédit sur son élection. D’ordinaire, cela ne mérite aucune réponse, mais quand Alain Finkielkraut s’en mêle, en use et en abuse (“L’Esprit de l’escalier” sur RCJ), alors une mise au point s’impose. Qu’en est-il exactement ?

Trump a été largement élu par 304 grands délégués contre 227 pour son adversaire Hillary Clinton, mais avec un déficit de voix de 2.864.000. Cette anomalie s’explique par le mode de scrutin particulier des États-Unis et trouve sa source dans un seul État : celui de Californie. Le système des grands délégués est une péréquation qui permet de compenser les énormes disparités démographiques entre les États (la Californie compte 38 millions d’habitants et le Wyoming un peu plus de 500.000). Si cette péréquation n’existait pas, les États peu peuplés seraient rapidement délaissés par les candidats et la cohésion du pays s’en trouverait altérée. Ce système existe depuis toujours et fait consensus.

D’ailleurs, le Parlement européen qui réserve des sièges par pays obéit à la même règle : les États les moins peuplés ont plus de sièges que ne leur attribuerait la règle de la proportionnelle. Outre le système des délégués, le scrutin américain obéit à la règle du système uninominal majoritaire à un tour, en vigueur par exemple au Royaume-Uni, à savoir que le parti qui gagne un État, ne serait-ce que par une seule voix d’avance, remporte la totalité des délégués de cet État. Seuls deux États font exception et lui préfèrent un système proportionnel : le Maine et le Nebraska.

La conséquence mécanique de ce système est que dans les États très marqués aux couleurs d’un parti, la mobilisation des électeurs du camp minoritaire est très faible. À l’inverse, dans les États où démocrates et républicains sont au coude-à-coude – les fameux swing states –, la participation des deux camps est élevée. En octobre dernier, sur le seul État de Californie, Donald Trump a accusé un déficit de 4.270.000 voix (auxquelles on peut encore rajouter un déficit de 1.730.000 sur l’État de New York). Ainsi, la seule Californie explique tout et au-delà. Alors que Hillary Clinton multipliait les meetings en Californie et à New York, éprouvant sans doute le désir narcissique de parader devant une foule acquise, Donald Trump, bien plus fin tacticien, se concentrait sur les swing states et le résultat a été sans appel : sur les 100 comtés les plus peuplés des États-Unis, Hillary Clinton en a remporté 88, mais sur un total de quelque 3.100, Donald Trump en a remporté 2.600 !

Parler d’un président mal élu est une analyse superficielle et partisane. Le premier sondage publié après l’annonce de sa candidature en août 2015 ne lui donnait pas 3 % d’opinions favorables et, pourtant, il a terrassé tous ses adversaires du Parti républicain. Il l’a emporté avec tous les médias contre lui, il l’a emporté contre une femme donnée imbattable en employant un langage de charretier, il l’a emporté avec un budget moitié moindre que celui de son adversaire, qui plus est en grande partie financé par lui-même. À ceux qui disent que c’est un président mal élu, je leur réponds que Donald Trump a sans doute réalisé le plus grand tour de force politique jamais accompli dans aucune démocratie dans le monde, dans toute l’Histoire.

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