Culture - Editoriaux - Livres - Politique - Société - 26 février 2017

Fin de partie : requiem pour l’élection présidentielle

Cliquez pour acheter

Nous vivrions, selon les « politologues » et autres « observateurs politiques », la montée à l’échelle mondiale des « populismes », terme assez flou mais suffisamment péjoratif pour servir d’arme de disqualification. L’œuvre de Vincent Coussedière, qui prend acte de la gravité de la situation de la France, parfaitement décrite par Philippe Muray, refuse le préjugé négatif attaché au mot populisme en cherchant à le penser dans la plus pure tradition de la philosophie politique. Non, le populisme n’est pas uniquement le problème, il est aussi la solution.

Dans Éloge du populisme, il distingue le “populisme du peuple”, “réaction qu’oppose un peuple politique à la décomposition de sa sociabilité propre comme à celle de sa souveraineté”, de la “démagogie populiste”, son expression partisane. Il approfondit ce thème, dans Le Retour du peuple : si la politique est la recherche du bien commun, elle requiert une communauté, sujet de ce bien commun. Or, aujourd’hui, c’est bien l’existence de cette communauté, elle-même fondée sur une unité de mœurs, qui est remise en cause tant par l’individualisme libéral-libertaire que par l’islamisme, seul projet de société alternatif, qui prospère en raison de l’impératif multiculturel de respect de la diversité.

Le populisme mène un double combat de conservation d’“une certaine forme de sociabilité, des mœurs qui font le caractère national d’un peuple” (identité) et de “la capacité de s’autogouverner par un État souverain, c’est-à-dire indépendant” (souveraineté). Repartant de Rousseau, de Péguy et du trop méconnu sociologue du XIXe Gabriel Tarde, à qui l’on doit le concept clé d’imitation, Coussedière rappelle que la priorité du législateur est de rendre le modèle national attractif et désirable, afin de susciter le désir chez les individus de l’imiter et, ainsi, de s’y assimiler. Réhabiliter la notion d’assimilation, à laquelle le multiculturalisme reproche de nier l’identité de l’individu, requiert de la penser comme articulation du déterminisme et de la liberté : “En effet imiter, ce n’est pas seulement être passif par rapport au modèle, c’est aussi être actif, c’est le faire sien. Imiter permettra aussi d’innover, et donc d’être libre, tout comme l’artiste imite avant de créer.” Il prône ainsi un nationalisme républicain, troisième voie entre le nationalisme identitaire d’un Jean-Marie Le Pen et le nationalisme civique d’un Philippot, qui synthétiserait l’héritage du premier et la liberté du second et donnerait au peuple les clés pour regarder sereinement l’avenir.

L’œuvre est précise et travaillée, le style vif et enlevé, le projet ambitieux et stimulant. Autant dire qu’on attend avec impatience son prochain essai, Fin de partie : requiem pour l’élection présidentielle, à paraître le 2 mars.

À lire aussi

« On est chez nous », ou le désir de politique

Pour comprendre le phénomène populiste, encore faut-il enlever les filtres idéologiques dé…