Accueil Culture Cinéma Film : Sully, ou la critique des « experts » par Clint Eastwood
Cinéma - Editoriaux - Polémiques - Politique - 17 décembre 2016

Film : Sully, ou la critique des « experts » par Clint Eastwood

Après les polémiques autour d’American Sniper et les ambiguïtés de son personnage principal, Clint Eastwood se penche, pour son nouveau film, sur le destin plus consensuel de Chesley Sullenberger, pilote de ligne célèbre pour avoir été contraint, en janvier 2009, de poser son Airbus A320 sur l’Hudson, sauvant ainsi la vie de 155 passagers.

Portant à l’écran le livre autobiographique que Sullenberger a tiré de cette expérience, Highest Duty, Clint Eastwood réalise, avec Sully, un faux film-catastrophe, loin de tout effet racoleur, et se concentre plus particulièrement sur les conséquences de l’affaire, sa réception générale, dans une approche assez similaire à celle de Mémoires de nos pères, sorti en 2006.

Alors que Sully subit un état de stress post-traumatique – lui qui avait su garder son calme durant les 208 secondes fatidiques –, l’opinion publique se divise à son sujet entre une masse largement acquise à sa cause, le traitant gracieusement en héros, et un petit groupe d’experts qui, relayés par la caste médiatique, évaluent la nécessité des risques encourus par le pilote en vue de statuer sur son sort. Ceux-là affirment, en effet, que deux pistes d’atterrissage à proximité s’offraient à lui et qu’il avait amplement le temps de les atteindre, tandis que l’amerrissage sur l’Hudson était pour le moins hasardeux, sinon irresponsable de sa part.

L’enquête est légitime et Clint Eastwood se fait volontiers l’avocat du diable. Après tout, l’Amérique n’a-t-elle pas été ébranlée huit ans plus tôt par un autre crash d’avion en plein New York ? Ce dont le réalisateur s’offusque, en revanche, c’est de voir qu’à aucun moment Sully n’a droit au bénéfice du doute. Et quand il émet une objection, le pilote se voit opposer l’argument massue du calcul scientifique. Finalement, en démontrant publiquement par la déduction empirique l’omission du facteur humain dans les simulations électroniques des experts (stress, tentatives infructueuses de redresser la situation, prises de décisions dans l’urgence), Sully parvient à renverser la vapeur, à justifier ses initiatives et à sauver ainsi sa réputation et sa carrière.

À travers son film, ce n’est pas tant la bureaucratie que pointe du doigt Clint Eastwood que les experts de tous poils qui se réclament sans cesse de la rigueur scientifique, qu’ils soient dans l’aviation, dans les statistiques officielles ou même – tenez, par exemple – dans les instituts de sondage (rappelons, à tout hasard, que Clint Eastwood a soutenu Trump aux présidentielles, le candidat que toutes les enquêtes donnaient perdant)…

Il est, en cela, amusant de constater le succès du film auprès des critiques de gauche, tant on connaît le rapport privilégié qu’entretient historiquement leur famille politique avec l’idéologie du progrès, du scientisme, de la technique et de la statistique… Outre cet aspect central des préoccupations de Clint Eastwood, Sully s’affiche plus simplement comme le portrait réussi d’un héros modeste, attribuant jusqu’à la fin le succès de son entreprise au groupe. Et c’est, précisément, pour cette raison que le réalisateur, in fine, estime son mérite au point de baptiser son film de son modeste surnom.

Un film à la mise en scène un tantinet pataude et pantouflarde, qui s’accomplit avec pudeur de bout en bout et illustre ainsi à merveille l’état d’esprit de ce héros ordinaire.

4 étoiles sur 5

http://www.dailymotion.com/video/x55j0fp_sans-titre_shortfilms

À lire aussi

Le grand retour en France du ciné-parc

Des petits malins ont eu l’idée, un peu partout sur le territoire, de jouer la carte de la…