Citizenfour. C’est le pseudonyme sous lequel, en juin 2013, Edward Snowden contacte, de son hôtel de Hong Kong, deux journalistes du Guardian, Glenn Greenwald et Ewen MacAskill, afin de leur révéler les nouvelles méthodes de surveillance de la NSA. Mise à son tour dans la confidence par Snowden en raison des écoutes dont elle fait l’objet, la réalisatrice Laura Poitras entreprend alors de rejoindre l’équipe et de filmer au jour le jour la traque de l’ancien administrateur systèmes de l’agence américaine, cela au moment même où ses révélations sont sur le point d’être publiées dans la presse !

Troisième volet d’une trilogie sur l’ post-11 septembre, Citizenfour, coproduit par Steven Soderbergh et monté discrètement en Allemagne (de crainte que le FBI ne mette la main sur les images tournées), nous permet ainsi de suivre notre « lanceur d’alerte » de Hong Kong à Moscou sous le regard médusé de trois témoins qui, à l’image du spectateur, se voient dispenser une formidable leçon de cyber-espionnage.

Si les risques encourus par Laura Poitras justifient à eux seuls son Oscar 2015 du meilleur film documentaire, il faut pourtant bien admettre que le spectateur avisé n’apprend par grand-chose de nouveau, l’essentiel des informations ayant largement été éventé par la presse depuis 2013.

Ainsi, le film est l’occasion de revenir, certes de manière un peu trop laconique, sur les fameux programmes de collecte de renseignements de la NSA, tel XKeyscore qui accumule chaque jour plusieurs dizaines de pétaoctets de données : courriels, activités sur les réseaux sociaux (y compris messages privés), historiques de navigation, formulaires en tous genres et appels téléphoniques. Tout cela sans passer au préalable par une quelconque instance juridique ! Il est aussi question de qui, depuis 2007, confère au Département de la des États-Unis un accès direct aux serveurs des géants actuels de l’Internet, à savoir Google, Facebook, YouTube, Microsoft, Yahoo!, AOL, Skype et Apple ! D’autre part, Snowden évoque plus longuement « Tempora », programme britannique, partenaire de la NSA, consacré à l’espionnage des liaisons téléphoniques et informatiques entre les États Unis et l’Europe…

Au total, 15.000 à 20.000 documents secrets sont livrés par Edward Snowden aux deux journalistes du Guardian, entraînant avec eux une série d’incidents diplomatiques non négligeables – on apprend notamment que 35 leaders politiques (dont Angela Merkel !) auraient été espionnés par les Américains !

Entre exil, filatures, noms de code et même agents doubles (!), Citizenfour lorgne ouvertement vers le film d’espionnage, et celui-ci n’est pas exempt d’humour. On se souvient de ce passage en particulier où, dans un certain de paranoïa collective, Snowden explique, le sourire aux lèvres, à ses interlocuteurs que la technologie du téléphone de sa chambre suffirait à les mettre instantanément sur écoute !

En définitive, et faute d’informations réellement exclusives – tant d’éléments restant à découvrir –, le film apparaît davantage comme le témoignage des heures passées aux côtés de Snowden par Laura Poitras que comme un réel documentaire d’investigation. Citizenfour affiche ainsi l’occasion, pour le spectateur, d’écouter les confidences d’un homme prêt à se saborder, à prendre des risques incalculables au nom d’un intérêt qu’il juge supérieur, à une époque où la société, pour des raisons d’ et de lutte antiterroriste, est de plus en plus portée à accepter l’ascendant de Big Brother.

3 étoiles sur 5.

22 mars 2015

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