Pas assez cynique… Non, ce n’est pas Jacques Chirac. Pas assez diplomate… Non, ce n’est pas Édouard Balladur. Pas assez onctueux… Non, ce n’est pas . Pas assez ambitieux… Non, ce n’est pas Jean-François Copé. Pas assez activiste… Non, ce n’est pas Nicolas Sarkozy. Pas assez mégalo… Non, ce n’est pas Dominique de Villepin. Les reproches que cet homme politique encourt de ses propres amis ne sont pas du genre courant. C’est que sa manière d’être n’est pas ordinaire non plus.

Ses ennemis – il n’en manque pas, et ce seul signe devrait suffire à nuancer le jugement sévère et sommaire qu’on est tenté de porter sur lui – avaient fait à François Fillon la réputation de répugner aux épreuves de force et de se dérober au danger, plus brutalement d’être un lâche. Il est sûr que les modèles du député de Paris ne sont ni Achille ni Murat ni Matamore. C’est plutôt du côté d’Hector, d’Enée ou de Fabius Cunctator qu’il faudrait chercher des références, c’est-à-dire du côté de ces hommes qui ne cherchent pas leur accomplissement dans la violence et ne trouvent pas de plaisir dans les injures homériques et les vengeances sanglantes qui sont pour certains l’accompagnement et la suite obligatoires de la guerre, que celle-ci soit réelle ou qu’elle soit métaphorique. Il fallait une certaine force de caractère pour lancer, en 2004, la première entreprise en France depuis la . Il fallait une certaine abnégation et une force d’âme certaine pour être et demeurer sous les quolibets le Premier ministre de Nicolas Sarkozy, égaler dans ce poste, entre tous difficile, la longévité de , s’y attirer finalement le respect de ses pairs et sortir avec une popularité intacte de l’enfer de Matignon.

Ses adversaires n’en avaient pas moins été surpris, en novembre dernier, de le voir s’engager dans le combat de chiens qu’était devenue la compétition pour la présidence de l’ et y rendre coup pour coup. Ils le sous-estimaient. La ténacité silencieuse de l’ancien Premier ministre avait finalement fait desserrer sa mâchoire de pitbull à son rival. Depuis lors, conscient du mal qu’avait fait à son image, à son parti et à la politique ce match de catch dans la boue, François Fillon se taisait.

Ce soir sur TF1, puis mardi soir à la Mutualité, il s’expliquera clairement sur ses intentions 2. Sera-t-il de nouveau candidat à la direction de l’UMP ? C’est loin d’être acquis. À la ? Non, selon toute vraisemblance. À la primaire qui désignera le candidat de la droite de gouvernement à l’élection présidentielle de 2017 ? Oui, très probablement. Ce qui devrait le conduire à organiser le rassemblement de ses partisans, puis à entreprendre une grande tournée préélectorale à travers la France, sans perdre de vue que l’échéance est normalement fixée à un peu plus de quatre ans.

Car François Fillon est de l’espèce, rare dans son milieu et dans son métier, de ceux qui considèrent visiblement qu’il y a dans la vie d’un homme, fût-il politique, d’autres choses que la politique : une course sur le circuit du Mans, une retraite à Solesmes, sa , et plus généralement tout ce qui ne regarde et n’intéresse que lui. D’où cette figure insolite de gentleman en tweed qui tient à rester impeccable jusque dans le cœur du marigot et qui, en se rasant, pense d’abord à ne pas se couper.

Notes:

  1. À l’heure même où François Fillon prend la parole à la Mutualité, Jean-François Copé organise un « meeting » sur Internet à l’intention des cadres de l’UMP…
  2. À l’heure même où François Fillon prend la parole à la Mutualité, Jean-François Copé organise un « meeting » sur Internet à l’intention des cadres de l’UMP…

24 février 2013

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