Blog - Culture - Editoriaux - Politique - Presse - Radio - Table - 25 novembre 2016

Fillon catho ? Laissez-moi rire

Depuis le résultat du premier tour des primaires, toute la presse s’empare de la question du vote des cathos.

Patrice de Plunkett, journaliste et blogueur catholique, a inventé un concept : le « catho-compatible ».

Même si ce concept étrange me semble plus relever du tribunal d’inquisition que d’une véritable approche où l’Évangile de la miséricorde permettrait de trouver en chaque adversaire une parcelle de vérité, son analyse rigoureuse mériterait d’être méditée par tous les cathos qui ont voté Fillon au détriment de Poisson.

Bien avant les primaires, Plunkett affirmait qu‘aucun programme, aucun parti et, donc, aucun candidat ne pouvait prétendre à se revendiquer à 100 % catholique.

Le site Liberté politique, avant les primaires, avait dressé un ensemble de critères devant définir la capacité des candidats à redresser la France à partir de mesures économiques et sociales, mesures politiques et mesures morales et culturelles contenues dans leurs programmes.

Le résultat, qui a été censuré par Le Figaro, est surprenant. Selon ces critères, Jean-Frédéric Poisson aurait obtenu 14 sur 20. Ensuite, on trouve François Fillon à 9 sur 20, Nicolas Sarkozy à 8 sur 20 et Jean-François Copé à 7 sur 20. Viennent ensuite Bruno Le Maire et Alain Juppé à 6 sur 20. Nathalie Kosciusco-Morizet, en bonne dernière, obtient 2 sur 20 (vous savez, celle qui affirmait à la radio que sainte Geneviève était patronne de la France).

N’oublions pas la déclaration de Fillon sur Europe 1, au lendemain du choc du Brexit, pour qui “les jeunes auraient dû disposer de deux voix”. Cette remarque d’un catholique pur jus en dit long sur la capacité du personnage à mépriser le suffrage universel.

Dans son dernier article, “François Fillon ou l’invitation au château”, Plunkett développe des arguments implacables qui mettent en pièce la catholicité de Fillon :

Qu’importe alors son programme économique aux antipodes de Laudato si’ et d’Evangelii gaudium ? Le catho sociologique n’entend pas ce que dit le magistère. Il n’entend que ses propres “valeurs” (forcément “catholiques” puisque ce sont les siennes).
[…] Ainsi les deux paroissiens Anne et Pierre interrogés par Le Monde : ils “restent silencieux sur la proposition de Fillon de supprimer 500.000 postes de fonctionnaires”. Qu’importe que l’État nous prive de policiers ou de soignants indispensables ? Ce qui compte aux yeux d’Anne-et-Pierre, c’est qu’“au niveau des valeurs de la famille et des valeurs chrétiennes”, Juppé “c’est zéro”. Pourquoi est-ce chrétiennement zéro ? Parce que c’est “un homme de gauche déguisé en homme de droite” !
Le journaliste aurait aussi pu leur demander pourquoi le programme si “familial” de Fillon ne favorise que les familles aisées ; Anne et Pierre auraient gardé le silence. Ce qui dérange n’existe pas.
[…] S’ils avaient lu l’encyclique, les paroissiens d’Angers interviewés par Le Monde sauraient que le programme de Fillon (plus encore que celui de Juppé) tourne le dos aux critiques du pape envers le système économique, et contredit ses appels à sortir du néolibéralisme. Mais ils ne s’en sont pas informés. Donc ils ne savent pas, et ils ont la conscience tranquille… Si leur clergé leur en a parlé, ils ne l’ont pas entendu. Les ”valeurs” rendent sourd.

En ces temps d’islamisation violente ou rampante, il n’est, bien sûr, pas mauvais de se rappeler, d’une façon ou d’une autre, les racines chrétiennes de la France. Mais, reconnaissons-le, cette manière politicarde où règnent les tartuffes n’est pas la meilleure façon d’y arriver.

Au secours, Léon Bloy !

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