Les soutiens habituels du régime cubain ont rendu un hommage appuyé à . « Le camarade Castro vivra éternellement », a assuré le président chinois. « Nous tous les révolutionnaires du monde devons poursuivre son héritage et reprendre le flambeau de l'indépendance, du socialisme, de la patrie humaine », a exhorté le président socialiste du Venezuela.

Plus mesuré, Poutine a déclaré que « cet homme d'État émérite est à juste titre considéré comme le symbole d'une époque de l'Histoire moderne du monde » : preuve, s’il en fallait, que la Russie actuelle n’est plus l’URSS. Il est presque plus modéré que Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne, pour qui « le monde a perdu un homme qui était pour beaucoup un héros ».

Plus modéré, en tout cas, que le Premier ministre slovaque, dont le pays préside actuellement l’Union européenne : selon lui, « nombreux sont ceux qui, à tort, ont haï et continuent de haïr pour son courage ». Quant au pape, il est resté dans son rôle en annonçant qu'il adressait des « prières au Seigneur pour son repos ».

En France, le secrétaire national du Parti communiste et Jean-Luc Mélenchon en ont fait le panégyrique : le contraire eût été surprenant. Mention spéciale pour François Hollande selon lequel « [Castro] avait incarné la révolution cubaine, dans les espoirs qu'elle avait suscités puis dans les désillusions qu'elle avait provoquées », ne se rendant pas compte que cette épitaphe pourrait être la sienne.

Parmi les intellectuels de gauche qui ont soutenu la révolution cubaine, les survivants peinent à réviser leur jugement. « Il incarnait, aux yeux de militants de gauche – en tout cas certains, les gens de ma génération –, l'idéal d'une libération face à ce qu'on appelait l'impérialisme américain », déclare l’éternel Jack Lang. Que n’eût dit Danielle Mitterrand si elle n’était défunte !

On oublie un peu facilement que les années Castro ont vu le déploiement de tout l’arsenal totalitaire : dénonciations, détentions arbitraires, persécution des opposants, exécutions, absence de liberté d’expression, chasse aux homosexuels, etc. La répression toucha même ses compagnons de lutte quand ils osaient critiquer « El Comandante ».

Les sympathisants du régime castriste ne s’étendent pas sur cet aspect. Sans doute pensent-ils qu’on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs. Ils font valoir son bilan en matière d’éducation, de santé et de culture. Mais, dans ces domaines aussi, le mythe est loin de la réalité.

Il est vrai qu’un effort considérable a été effectué pour instruire la population, notamment la population rurale, souvent analphabète : l’extrême gauche, y compris en France, a toujours pensé que l’émancipation des peuples passe par le savoir. Mais on ne peut taire la mainmise idéologique sur l’enseignement. L’école participe à la préparation politique des élèves, à la promotion de la révolution et à la formation de l’homme nouveau. Pour suivre des études supérieures, mieux vaut être, bon gré mal gré, dans la ligne.

Quant à la politique sanitaire, si certains succès sont indéniables, si l’accès aux soins est théoriquement gratuit et égalitaire, les disparités sont fréquentes, sans parler de la corruption. Enfin, dans le domaine culturel, au moins jusque dans les années 80, la création artistique s’est confrontée aux limites idéologiques imposées par le gouvernement. De nombreux intellectuels et artistes ont été arrêtés, condamnés ou contraints à l’exil.

Le régime de n’était pas un régime « autoritaire », comme on a pu l’entendre dire, c’était un régime totalitaire. Comme l’écrivait Jacques Ellul en 1966, « il n’y a pas de violence qui libère : il n’y a que des violences qui asservissent ».

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28 novembre 2016

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