La révolution bolchevique, affirmait fièrement Lénine, c’est les Soviets plus l’électricité. C’était, malheureusement, bien d’autres choses. Daech, c’est la barbarie plus l’informatique, les techniques d’aujourd’hui mises au service d’une pensée et d’une terreur obscurantistes ressurgies du fond des âges. D’un côté, le prêche fanatique, la fatwa, la lapidation, le couteau sacrificiel, le viol, l’égorgement, la décapitation, le massacre aveugle ; de l’autre, la kalachnikov, le lance-roquettes, le missile, le gaz, le téléphone portable, la vidéo, l’ordinateur, le tweet, le gilet explosif, la télécommande, le message crypté, l’exécution de masse… Et là où l’ a établi – provisoirement ou non – sa domination, où il prétend à la qualité et assume les fonctions d’un État, une bureaucratie minutieuse, tatillonne, envahissante.

D’où la constitution, et aujourd’hui la révélation sensationnelle par une chaîne de britannique, de ce fichier de vingt-deux mille noms qui recèlerait l’identité, les coordonnées, les qualifications, les motivations, les affectations, les actions d’autant de fonctionnaires, de combattants, d’auxiliaires divers du prétendu califat, affichés ou selon qu’ils vivent et sévissent à l’intérieur ou en dehors des territoires contrôlés par l’État islamique.

L’opportune désertion d’un repenti jusqu’alors haut placé dans la hiérarchie de l’organisation mettrait donc, nous dit-on, à la disposition de la justice, de la police et des services de renseignement occidentaux une base de données dont l’exploitation permettrait de porter des coups décisifs aux réseaux, actifs et dormants, de l’Internationale noire…

Alors que certains croient à la sincérité du transfuge et à la fiabilité de ses informations, d’autres mettent en doute l’authenticité des documents dont les médias ont déjà publié ici et là des échantillons.

On ne peut que rester perplexe et circonspect dans une affaire dont on ne sait si elle révèle la relative vulnérabilité de ou l’affligeante naïveté et l’incurable frivolité de l’Occident.

De deux choses l’une, en effet : ou l’informateur et ses informations sont « bidon », et ni l’un ni les autres ne méritaient trois lignes.

Ou l’affaire est sérieuse, et il est irresponsable de mettre en danger l’ex-terroriste devenu lanceur d’alerte et de donner à ceux qu’il a dénoncés tout loisir de se mettre à l’abri. Là où la prévention et la répression de crimes en attente, en projet ou en cours demandent secret, réaction, rapidité, le sensationnalisme des médias et l’inertie des autorités font régner l’indiscrétion, la procrastination et l’inefficacité. Serions-nous une fois de plus, avec tous les instruments que le droit et le progrès mettent à notre disposition, en retard d’une guerre ?

11 mars 2016

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