Benoît XVI l’avait finement analysé à propos des scandales sexuels dans l’Église : le clergé souffre non d’un phénomène généralisé de pédophilie, que les anticatholiques voudraient intrinsèques à l’Église, mais d’un problème d’homosexualité sous-jacente, exprimée ou refoulée. Trop de prêtres se retrouvent dans un conflit freudien typique entre les impératifs du surmoi (abstinence, célibat) et des désirs qu’ils ne parviennent à contrôler parce qu’ils sont inavoués.

Le pape François aura repris les propos de Jean-Paul II sur “ces blessés de la vie” que sont, pour l’Église, les homosexuels. Il faudra cependant au pape plus que de la miséricorde pour relever le défi. Comment, dans une société hyper sexualisée, dominée par la consommation et la recherche du bien-être et des plaisirs, conserver l’idéal de célibat ou de chasteté ? Comment refuser des candidatures douteuses alors que les vocations se font si rares ?

Je voudrais illustrer mon propos par un exemple vécu, en ce mois de vacances, quand certains lecteurs sont peut-être comme moi à arpenter les montagnes des Alpes.

Mon meilleur ami à l’université portait en lui le lourd secret d’une homosexualité rentrée, inavouable à sa famille très catholique (pieuse, aimante et généreuse) qui ne pouvait voir dans l’indifférenciation sexuelle qu’une abomination.

Il vécut tant bien que mal ses désirs avec une foi chrétienne un peu trop exaltée. Il ne s’aimait pas et il se faisait horreur, si j’en crois sa façon de se faire souffrir par des sports d’endurance et des aventures extrêmes, en montagne ou dans le désert, comme c’était la mode dans les années 80.

Son fragile équilibre personnel a tenu tant que l’homosexualité est restée aux marges dans l’opinion. Au fur et à mesure qu’elle a gagné en visibilité sociale, dans les années 90, il a refoulé ses désirs et bloqué son développement personnel, jusqu’à vouloir se marier et prendre la décision insensée de devenir moine, après quelques années infructueuses passées au petit séminaire.

Il prenait des risques inconsidérés dans ses aventures sportives et il a fini par se tuer dans une course alpine, à 33 ans, entraînant dans la mort plusieurs jeunes qui l’avaient accompagné dans ses équipées successives. Il avait été ordonné moine.

J’étais lié avec les parents de ce garçon. Ils me témoignaient une gentillesse que je ne connaissais pas dans mon milieu. Pour eux, le drame fut total. Je leur rendis visite, après la mort de leur fils, et j’essayai, à demi-mot, de leur faire comprendre la tragédie intime qui s’était jouée. La mère savait mais pas le père, qui aura appris la chose à travers moi.

Je n’oublierai jamais son expression à elle, quand nous en sommes venus, par un détour de conversation, à évoquer la Gay Pride. Je vis dépeint sur son visage le dégoût que suscitait, en elle, l’étalage de lubricité et d’obscénité auquel la mémoire de son fils se trouvait attachée. Dès lors, je compris mieux la haine de soi qui habitait ce garçon, et l’impossibilité radicale pour lui de concilier ses désirs, hors normes, avec l’affection de sa famille et l’expression de sa foi.

Si l’homosexualité était restée dans le non-dit, aux marges, comme autrefois, plutôt que de s’exhiber et de choquer inutilement, il en aurait été différemment, me semble-t-il, et de la vie, et de la mort de mon ami trop croyant.

15 août 2015

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