Il y a fermeture et fermeture. Des commerces, s’entend. Les fermetures qui sont pour la bonne cause et les autres. La bonne cause, c’est évidemment la lutte contre le Covid-19. En milieu de semaine, le docteur-ministre Véran avait annoncé la fermeture des bars et , à Nice, à 22 heures pétantes. Pourquoi 22 heures et pas 23 heures ou minuit, l’heure du crime ? Parce que. Sous l’occupation, c’était 20 heures et il n’y avait pas le JT. Donc, du mieux.

Et pour Marseille, il annonçait aussi la fermeture de tous les établissements accueillant du public n’ayant pas de protocole sanitaire. Et du Midi au nord du pays, c’est la même punition : Lille, aussi, devra fermer ses bars et restaurants à 22 heures. Une « ineptie », pour Martine Aubry, qui s’y connaît et ne comprend pas cette décision : « Dire à des bars de fermer à 22 h 00, autant leur dire qu’ils doivent fermer. » Pas faux. Le maire de Lille parle d’or. Et puis, la situation évoluant plus vite que durant le Blitzkrieg, dimanche soir, cafés et restaurants de la métropole de Marseille vont devoir baisser le rideau jusqu’à nouvel ordre. Une mesure « nécessaire », a déclaré Olivier Véran. Jusqu’à nouvel ordre ? « Clause de revoyure dans sept jours pour faire le point et réévaluer la situation », a annoncé le président de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur Renaud Muselier.

Autre type de fermeture, maintenant. Cette fois-ci pour la mauvaise cause. Enfin, on imagine. On reste dans le sud de la France et l’on va à Perpignan. Là, le nouveau maire, Louis Aliot, décide de fermer les épiceries de nuit à partir de 22 heures. La mesure est entrée en vigueur la semaine dernière. « Vingt ans de laxisme ne peuvent pas se résoudre en quelques mois de mandat. L’origine vient de l’ouverture de commerces illicites, d’épiceries de nuit, qui occasionnent tapages nocturnes, ivresses publiques et des faits plus graves comme le trafic de cigarettes ou de stupéfiants », a-t-il expliqué. Une décision qui « est vécue comme une injustice par certains commerçants », rapporte France 3 Occitanie. Auparavant, l’autorisation courait jusqu’à 2 heures du matin. Un chiffre d’affaire qui pourrait baisser « entre 20 % et 50 % selon les quartiers », toujours selon France 3. La société de consommation ne se repose jamais et vit à l’heure de la Lune. Évidemment, la décision devrait être contestée auprès du tribunal administratif. Le collectif, qui s’est créé, estime que « les Français d’origine maghrébine » sont la cible de cet arrêté et a manifesté vendredi 25 septembre. Le mot « stigmatisation » est lâché. Évidemment.

Au pays d’Ubu et de Pétaud réunis, un arrêté pouvant en cacher un autre, on peut imaginer, au rythme où va la chose pandémique, un arrêté municipal, pris pour la « mauvaise cause », suspendu par la justice administrative mais remplacé, peu de temps après, par un autre, lui préfectoral, pris pour la « bonne cause ». Et de là à ce que l’on démontre qu’à Marseille, le Covid-19 est raciste…

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