Donc, Inna Shevchenko vient de recevoir son passeport français. La cheftaine ukrainienne des de France l’a annoncé mardi sur par ces mots : « Marianne a récupéré ses papiers ! Bonne indigestion, les fachos ! » Marianne, car pour ceux qui auraient loupé l’épisode précédent, le portrait qui orne désormais nos timbres-poste, inauguré par François Hollande à l’été dernier, est précisément celui de cette excellente Inna, choisie par quelques lycéens possiblement libidineux. Non, vous ne rêvez pas. Quant à fachos, c’est peut-être vous, et moi à coup sûr, qui n’achète plus que des timbres de collection.

Et puis, dans le même temps – sans doute pour tenter de rééquilibrer un chouïa la balance Roberval de la connerie –, pendant qu’on donnait des papiers à une réfugiée politique (sic !) parlant fort mal la langue de Molière et faisant preuve d’une moralité douteuse (ceci est une litote), on plaçait en garde à vue l’une de ses sbires, une certaine Éloïse. Vous savez, la fameuse qui a simulé l’avortement de Jésus sur l’autel de la Madeleine, par le truchement d’un foie de veau sanguinolent, le tout en pleine messe dominicale ? Vous me direz, dix-huit jours après son forfait, il était temps, et le moins que l’on puisse dire est que les institutions étaient plus diligentes pour les bonnets rouges ou les manifestants pour tous.

Bref, la bougresse va pouvoir réfléchir à tout ça au frais, l’espace de quelques heures. Ensuite, elle regagnera peut-être l’appartement de Caroline Fourest, puisqu’on a appris également que l’excellentissime Inna était domiciliée l’année dernière chez la journaliste. Enfin, journaliste… ce qu’il en reste, tant elle bafoue allègrement sa charte déontologique tous les jours, n’hésitant pas à mélanger militantisme et journalisme dans un brouet infâme, à l’image de sa manipulation dans une manifestation de Civitas l’année dernière : arrivée en soutien visible de militantes agressives, elle était repartie en journaliste égratignée.

Bref, Caroline Fourest est de celles qui ont aidé les Femen à prendre pied en France, et peut-être – qui sait ? – à rédiger en bon français les statuts de l’association, dont je vous cite l’objet avec délectation : “défendre la condition de la femme ; améliorer les rapports femmes-hommes ; créer des centres de formation au féminisme ; dénoncer toutes les formes d’injustice de manière innovante et collective.” Perso, j’aurais formulé ça autrement, mais pour le « de manière innovante », je suis d’accord. C’est vrai que mimer l’avortement du Christ pour défendre la cause des femmes, personne n’avait osé.

Par ailleurs, on apprend également que fin 2012, le siège social de l’association était domicilié au 206, quai de Valmy, dans le 10e arrondissement, qui est aussi la Maison des Associations de Paris. Depuis, un local leur a été financé par la mairie, dans un théâtre du 18e, le Lavoir Moderne Parisien. Voici de quoi relativiser un peu l’émoi de Bertrand Delanoë suite à l’affaire de la Madeleine. Le maire de Paris avait réprouvé – dans cet ordre – « un acte qui caricature le beau combat pour l’égalité femmes-hommes, sème la discorde dans la société parisienne et choque inutilement de nombreux croyants ».

La palme de l’ambiguïté revient tout de même à sa pouliche pour l’Hôtel de Ville. Interrogée sur Paris Première il y a quelques jours par Élie Semoun (qui a dit que les comiques ne devaient pas se mêler de politique ?), n’a pas hésité à déclarer sa « bienveillance » à l’égard des Femen. « C’est dur, comme mouvement », a ajouté l’édile, et on s’est soudain pris à espérer… Mais la première adjointe a précisé aussi sec : « Pour elles, c’est dur. » L’adjointe au maire a depuis rétropédalé, campagne municipale oblige.

Aucune nouvelle, en revanche, du plus haut sommet de l’État. Pourtant, y a pas à dire, de la Madeleine à l’Élysée ou Matignon, il n’y a qu’un pas, et en tendant l’oreille, certains auraient presque pu entendre Éloïse pousser ses petits cris hystériques. Le silence de cathédrale du ministre des Cultes a notamment confirmé qu’en matière d’indignation, la sélection est sévère. Et qu’on ne peut pas défendre la liberté de culte et chasser la quenelle en même temps, c’est trop de travail. Tel le maréchal Grouchy mangeant des fraises pendant la bataille de Waterloo, Manuel Valls a choisi son camp.

7 janvier 2014

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