L’actualité est la légende de notre siècle, le texte qu’on nous impose de lire pour comprendre le monde : quand les nous racontent quelque chose, il importe moins de savoir exactement ce qu’ils disent que de se demander à quoi il leur sert de propager un fait. C’est comme une fable : il s’agit d’en considérer la morale pour découvrir l’intention du fabuliste. Or, les côtes turques et les cadavres qu’on y repêche offrent depuis un an un décor sans égal pour les fables modernes.
 
La presse française a repris du Guardian, journal de la gauche intellectuelle londonienne, qui l’avait lui-même repris de l’AFP, la nouvelle suivante : intriguée par les cadavres de « migrants » rejetés par la mer sur les côtes d’ Mineure alors qu’ils portaient des gilets de sauvetage, la turque a constaté qu’il s’agissait de contrefaçons, et a découvert l’usine qui les fabriquait, près d’Izmir. Elle en a saisi 1.263 (soyons précis) et constaté qu’ils portaient la marque Yamaxa, afin d’imiter Yamaha, laquelle produit de vrais gilets, vendus 200 euros la pièce contre seulement 20 pour les faux. Le Guardian et Libération ajoutent que deux enfants syriens travaillaient dans cette fabrique, que 36 migrants sont morts en mer en une semaine (3.600 en un an, si l’on envisage toute la Méditerranée) et que la vente des gilets incriminés se faisait ouvertement dans une boutique située près d’un commissariat de police.
 
L’histoire pourrait donc servir à nous faire pleurer sur des migrants en danger, malheureux, exploités, trompés, à condamner des gens sans scrupule qui s’en mettent plein les poches, montrer qu’à côté des passeurs, tout un business s’est monté, une industrie du réfugié, que les autorités turques sont complices, indifférentes ou corrompues. Et c’est ce que confirment les investigations du Guardian et de la BBC auprès des commerçants smyrniotes. Les marchands de nippes et de chaussures ne craignent pas d’avouer qu’ils mettent les gilets de sauvetage en tête de gondole : “Pour deux ou trois paires de chaussures, nous vendons cent à trois cents gilets de sauvetage.” Vrais ou faux ? Ce n’est pas eux qui vous le diront.
 
Mais à suivre jusqu’au bout le fil de l’information, le message d’apitoiement tourne à l’inquiétude, car on rappelle que plus d’un million de migrants ont atterri en Grèce en un an, que malgré l’accord en or signé par Ankara avec l’Union européenne, il en passe toujours 2.000 chaque jour par les îles du Dodécanèse, soit onze fois plus qu’en janvier 2011. Encore un effort et l’on pourrait se demander si ces braves gens comptent passer le premier jour de l’an prochain à Cologne, Helsinki ou Zurich, et si nous devons vraiment reprendre les négociations pour l’entrée dans l’Union européenne d’un pays qui, non content d’aider depuis quatre ans les islamistes à déstabiliser la Syrie, ouvre les vannes d’une invasion de l’Europe et en tire en plus des bénéfices licites et illicites. Qu’en pensent François Hollande et Angela Merkel, l’aveugle et la paralytique de l’Europe, qui passent leur temps à s’embrasser pour se protéger d’un monde mauvais : la réalité ?

9 janvier 2016

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