Ce n’est pas la première fois que cette proposition est formulée. Ainsi, en 2003, le rapport Stasi, issu de la Commission de réflexion sur l’application du principe de laïcité, recommandait de “faire des fêtes religieuses de Kippour et de l’Aïd el-Kébir des jours fériés dans toutes les écoles de la République”. Maintenant, c’est Terra Nova qui, dans un rapport intitulé L’émancipation de l’ en France et publié le 22 février 2017, fait ressurgir ce serpent de mer.

Cette fondation, qui se présente comme “un think tank progressiste indépendant”, en réalité dans la mouvance socialiste, propose d’“intégrer au moins deux nouvelles dates importantes dans le compte des jours fériés, le Kippour et l’Aïd el-Kébir, en supprimant les deux lundis fériés qui ne correspondent à aucune solennité particulière”, soit le lundi de et le lundi de la Pentecôte.

Pourquoi s’en alarmer ? Même la hiérarchie catholique ne semble pas s’inquiéter outre mesure de telles initiatives, se contentant de souligner qu’il n’est pas opportun d’ouvrir cette boîte de Pandore. Du reste, depuis le concile  II, le lundi de Pentecôte n’est plus considéré comme un jour de cérémonie majeure.

Terra Nova se défend de s’attaquer à la religion chrétienne, mais dénonce “l’ambiguïté de la neutralité française, une ambiguïté marquée par l’héritage chrétien”. Il serait donc juste, pour les auteurs du rapport, que “les confessions soient davantage traitées à égalité”. Ils y voient un autre avantage : “Cette reconnaissance officielle du pluralisme religieux serait en outre un message important vis-à-vis des Français musulmans.” Tiens donc ! Ils ont oublié les juifs, au passage.

Le problème, c’est que la plupart des organisations juives ou musulmanes ne réclament pas des fêtes spécifiques. Le recteur de la Grande Mosquée de Paris, Dalil Boubakeur, ancien président du Conseil français du culte musulman, n’est pas demandeur, tandis que son successeur, Anouar Kbibech, s’étonne que les musulmans n’aient pas été consultés. 

Seule l’UOIF, proche des Frères musulmans, souhaite que l’Aïd el-Fitr et l’Aïd el-Kébir deviennent des jours fériés et “des moments de retrouvailles pour tous les citoyens”.

Dans ces conditions, on comprend comment ce rapport, publié deux mois avant l’élection présidentielle, vise avant tout un objectif politique : soulever ce débat dans la campagne en espérant flatter, sous prétexte de justice et d’égalité, l’opinion des Français de confession musulmane. Attitude d’autant plus irresponsable dans la conjoncture actuelle : ses auteurs voudraient attiser les revendications communautaires qu’ils ne s’y prendraient pas autrement.

Encore heureux qu’ils ne préconisent pas un retour au calendrier révolutionnaire pour rompre définitivement avec le christianisme ! Les noms des saints du calendrier grégorien avaient été remplacés par des noms de fruits, de légumes, d’animaux, d’outils… Voilà sans doute la véritable égalité !

Qu’on le veuille ou non, la France est héritière d’une culture judéo-chrétienne. Les fêtes religieuses qui subsistent dans son calendrier font partie de son patrimoine. Qu’ils croient au ciel ou qu’ils n’y croient pas, les fêtes de Noël, de et de la Pentecôte sont familières à tous les Français. Ajouter des fêtes correspondant à une autre culture, c’est faire le choix d’une France multiculturelle, éclatée en communautés, au lieu de chercher à en préserver l’unité.

Tout se passe comme si Terra Nova, qui prétend bâtir l’avenir, creusait le caveau de la France.

24 février 2017

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