Faut-il légaliser le cannabis ? Telle était la question posée, ce lundi matin 13 mars, par Le Parisien.

Dans cette présidentielle, plus rien n’étonne. Je ne suis donc pas surpris – contrarié, tout au plus – que le seul débat de fond qui ait survécu à la stérilisation médiatique massive à base de « scandales-gate » plus ridicules les uns que les autres soit la légalisation ou non du cannabis. L’, la croissance exponentielle du crime, la politique étrangère, la fiscalité ou le marché du travail attendront : aujourd’hui, on parle d’un truc sérieux, man

L’article en question, qui ne prend pas spécialement position par ailleurs, n’en vante pas moins le « pragmatisme des économistes » et relate le succès commercial de la légalisation au Colorado. Ces arguments peuvent, en général, se résumer ainsi : « On pourra taxer, donc nouvelles recettes pour l’État, et comme ça, on assèche les trafics. » D’une deux coups avec de l’argent en prime, ce qui est quand même le principal.

C’est sur cet argument économique que j’aimerais m’arrêter quelques instants.

Sur le plan des principes, il n’y a aucune justification morale à ce que l’État autorise, à des fins de financement, une pratique mauvaise, à moins que soit démontré préalablement que la tolérance est, tout compte fait, meilleure pour l’intérêt général que la prohibition pure et simple. Le fait que cet argument économique soit en général le premier à être mis en avant est révélateur de l’importance démesurée qu’a prise l’argent dans notre mode de pensée, dans nos vies, et des extrémités auxquelles cela nous mène. Ce d’impératifs était, autrefois, discuté honteusement dans le secret des cabinets et des bureaux, portes closes et rideaux de velours tirés. Aujourd’hui, c’est place publique qu’on veut justifier que ce qui était un délit devienne légal juste par ce que ça rapporte. Taxons l’esclavage ou le contrat d’assassinat : avec cette logique, on va être très riche.

En outre, le raisonnement est très vicieux parce qu’il présente la chose comme si nous gagnions de l’argent grâce à la légalisation du cannabis. Mais il faut bien garder ça en tête : celui qui va gagner de l’argent, dans l’histoire, c’est le même qui vous écrase d’impôts, de droits, de taxes, de timbres, de cotisations, d’amendes et qui, après nous avoir allégés de la moitié de ce qu’on a gagné dans l’année (au bas mot), trouve encore le moyen de vous dealer de la pour se remettre à flot. Vous comprenez, avec 1.200 milliards d’euros de recettes par an, « il ne peut rien mettre de côté », comme disait l’autre.

Pour ce qui est d’assécher les trafics, la discussion est plus technique même si, intuitivement, vous et moi savons très bien que, quand bien même les trafiquants perdraient de l’argent – ce qui est loin d’être sûr -, se restructurer n’est pas très difficile pour une entreprise qui n’a à payer aucune indemnité, ni craindre aucune grève ou procédure d’alerte. Et puis, un dealer qui ramassait 10.000 euros par mois en glandouillant au coin de la rue ou en faisant des tours de scooter dans les beaux quartiers va-t-il vraiment, tout d’un coup, pointer chez IKEA à 8 h 30 pour un SMIC ?

À cet égard, l’Institut pour la a publié une d’entretiens relativement courts et très intéressants où des intervenants comme Jean-Frédéric Poisson, le professeur Costentin ou Serge Lebigot démontrent bien l’inanité technique de cet argumentaire, et expose l’hypocrisie sous-jacente de ses partisans, ainsi que la complicité d’une partie des pouvoirs publics. On apprend par exemple que, dans les écoles publiques, les associations chargées de faire de la prévention sont, pour la plupart, des associations promouvant la légalisation…

Cela fait longtemps qu’on parle de guerre contre la drogue. Une « drôle de guerre », en vérité jusqu’ici. La vraie ne fait que commencer.

14 mars 2017

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