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Editoriaux - Industrie - Santé - Supplément - Table - 13 septembre 2014

Faut-il « génériquer » la Sécurité sociale ?

Lors d’une récente interview, Madame Touraine, ministre de la Santé, a déclaré à propos de la vente des médicaments en supermarchés « ne pas être favorable à une évolution de ce type-là ». Elle peut ne pas y être favorable mais il lui sera bien difficile de lutter contre ce phénomène qui paraît inéluctable et lié à une irréversible évolution des mœurs.

Autrefois, les préservatifs ne se vendaient qu’en pharmacie ; ce n’est plus le cas aujourd’hui. Il en sera de même du paracétamol, et plutôt que de vouloir interdire ce qui, finalement, n’est qu’un avantage corporatiste, il vaudrait mieux, dès maintenant, s’attacher à savoir dans quelle mesure on peut autoriser et contrôler la vente de certains médicaments « grand public » en dehors des pharmacies, afin de ne pas nuire à la sécurité du consommateur.

Elle ajouta, en outre, que « les médicaments ont un prix fixé par la négociation avec l’État, […] ce qui est important c’est de garantir la sécurité des médicaments […] ». Elle voulait sans doute dire par là que les médicaments étaient vendus à leur juste prix et qu’il ne fallait pas attendre des rabais par leur distribution en grande surface. Certes, le prix est fixé par négociation entre différents organismes d’État (le ministère de la Santé, le ministère du Travail, la Sécurité sociale) et l’industrie pharmaceutique, mais cela ne veut nullement dire que ce prix est calculé au plus juste. C’est simplement le résultat d’une négociation commerciale, sinon comment expliquer qu’on observe des écarts de prix importants pour la même molécule selon le conditionnement sous lequel elle est vendue. C’est le cas, par exemple, de la loméfloxacine, un antibiotique dont le comprimé de 400 mg est vendu 4,60 € par boîte de 3 et 2,80 € par boîte de 10.

La logique voudrait qu’on rembourse le produit sur la base d’un prix fixé au milligramme ou au gramme, mais cela est sans doute trop simple. Trop simple aussi de délivrer les comprimés à l’unité comme cela se fait dans de nombreux autres pays. Proposition que le ministre doit mettre prochainement à l’essai dans quatre régions (PACA, Île-de-France, Limousin et Lorraine) ; mieux vaut tard que jamais.

Madame Touraine nous dit aussi vouloir privilégier le développement des génériques et lutter contre les dépassements d’honoraires des médecins. Tous les observateurs du monde de la santé savent que les génériques sont déjà largement répandus et que leur usage généralisé pourra entraîner quelques économies supplémentaires, mais ne réglera sûrement pas le problème du déficit de l’assurance maladie. Quant aux dépassements d’honoraires, on ne peut espérer les faire cesser qu’en revalorisant, à leur juste prix, le remboursement de la plupart des actes médicaux et paramédicaux, donc augmenter les dépenses de la Sécurité sociale.

Il faudrait enfin admettre que notre système d’assurance maladie est obsolète, et s’inscrit dans une logique de dépenses dont chacun (professionnels de santé, industrie pharmaceutique, établissements de soins) cherche à profiter au maximum, parfois d’ailleurs simplement pour ne pas être spolié par des taux de remboursement inadaptés à l’évolution des pratiques médicales et paramédicales.

L’ensemble de l’édifice est gangrené. Seule une remise à plat de la prise en charge des dépenses de santé et de la protection sociale permettra de déboucher sur des solutions viables. Mais cela implique une remise en cause totale de la Sécurité sociale actuelle, véritable État dans l’État, et sa mise en concurrence avec d’autres systèmes de prévoyance qui n’auront aucune difficulté à être plus performants. Alors, ce n’est pas demain la veille !

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