La Semaine de la langue française et de la francophonie s’achève, occasion de s’interroger sur la place des anglicismes dans notre langue. La question mérite d’être posée : elle a des implications non seulement linguistiques, mais aussi politiques. En cette matière, il faut savoir raison garder et éviter tout jugement excessif.

Rappelons d’abord que la , au cours de son histoire, a emprunté des mots anglais, francisant parfois leur orthographe. Réciproquement, l’anglais a largement eu recours au français. Au point que la devise “Honni soit qui mal y pense” est en langue française. Il est même arrivé qu’un mot français migre en Angleterre, s’oublie en France, jusqu’à ce qu’il y revienne, triomphant.

La contagion des langues est également favorisée par leur usage international. Après la Révolution française, le français, langue diplomatique par excellence, céda peu à peu du terrain aux influences anglo-américaines, dans le domaine de la politique, puis des sciences. De nos jours, cette influence s’est étendue, les anglicismes se multiplient, non seulement dans des domaines techniques, mais dans le langage courant, propagés notamment par les médias et, surtout, la télévision.

Personne ne regrette que Diderot ait fait entrer le mot spleen ou « les vapeurs anglaises » dans la langue française, ni que Baudelaire l’ait repris dans ses poèmes les plus célèbres. Aucun mot français ne peut exprimer exactement ce qu’il désigne. Mais quand des termes anglais viennent aujourd’hui supplanter des mots français existants, on peut légitimement éprouver un certain agacement. Le Figaro du 15 mars fait la liste de dix anglicismes en vogue, qui ont pourtant un équivalent français, comme bashing, burn-out, flyer

Près de 15 % des mots français sont d’origine étrangère : l’anglais, bien sûr, mais aussi l’arabe, l’italien, le germanique ancien et bien d’autres encore. Sans oublier les langues mères que sont le latin et le grec – que l’on veut aujourd’hui euthanasier, ce qui est significatif du peu de cas que le gouvernement fait de nos racines. Une langue évolue, emprunte à d’autres pays. On peut s’en réjouir si ces apports l’enrichissent, permettent de préciser et de nuancer l’expression de sa pensée, s’intègrent à la langue française. Non pas s’ils viennent l’altérer comme des parasites.

Il en est de la langue d’un pays comme de sa population. La langue française a forgé la France. C’est ce que notre Constitution a reconnu dans son article 2 : “La langue de la République est le français.” Les apports étrangers sont utiles, souhaitables même, s’ils l’enrichissent et ne viennent pas altérer son unité et son identité.

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