Pierre Laurent, fils de Paul, a ouvert ce jeudi à Saint-Denis (93) le 36e Congrès du Parti communiste français. Un congrès « rock n’roll ». C’est lui qui le dit. Objectif : « Un communisme de nouvelle génération. »

Il est vrai qu’entre Paul et Pierre, la différence est notable : le premier fit toute sa carrière au Parti, d’abord dans l’ombre de Moscou, puis dans celle de Georges Marchais, quand son fils a fait toute sa carrière au Parti, d’abord comme directeur de la rédaction à l’Humanité puis sur les pas de son père. Entre temps, l’URSS et Jean Ferrat sont morts, Robert Hue a vu sa barbe blanchir, Marie-Georges Buffet a changé deux fois de lunettes et le PCF a perdu ses ouailles.

Aujourd’hui, bien installé dans l’existence, Pierre Laurent est devenu Number 1 : secrétaire national du parti, président du PGE (Parti de la Gauche Européenne) et sénateur. Bref, son « congrès rock n’roll » signe un changement de look. On est curieux de voir ça. Peut-être va-t-on financer la Fête de l’Huma avec du mimosa plutôt que du muguet ? Ou bien des chrysanthèmes, histoire d’habituer l’électeur à l’idée d’un PCF ayant, demain – on peut rêver –, une représentation parlementaire conforme à son réel poids dans les urnes ?

Pour l’heure, le gros changement, celui qui déchaine les passions, c’est l’abandon du marteau et de la faucille. À partir de maintenant jusqu’à désormais, le marteau du prolétariat ouvrier et la faucille des paysans seront rayés des cartes d’adhérent. On râle dans les rangs du congrès, on pleure dans les sections, on renifle dans les cellules : avec le marteau et la faucille, c’est un monde qui s’en va. Exit serp i molot. Place aux jeunes.

Oui, mais « on a ajouté le sigle du Parti de la Gauche Européenne » comme gage de confiance en l’avenir, dit Pierre Laurent. La base s’en fout. Elle veut donner du marteau, même s’il ne sert plus que le dimanche à planter des clous dans son salon pour y accrocher la faucille du grand-père, dernier souvenir de la France rurale assiégée dans les HLM du 93.

Et le plus accro, c’est qui ? C’est Emmanuel Dang Tran, secrétaire de section à Paris, qui s’est lâché au micro de France Info. Ce brave homme au patronyme de boat people l’assure : « Ça choque les communistes, les vétérans. Tout le parti est choqué par ça. Ça révèle que, pour être politiquement conforme, il ne faut plus de faucille et de marteau. Parce que ça représente, pour la classe ouvrière de ce pays, un point historique de résistance contre la politique du capital, contre les licenciements, contre l’écrasement des salaires »… C’est vrai qu’une faucille pour faucher l’emploi et un marteau pour écraser les salaires, c’est un symbole qui parle. Il n’y a qu’à demander à la CGT.

Monsieur Dang Tran devrait se consoler, peut-être retourner au pays de ses aïeux. Car il y a encore de par le monde des communistes, des vrais, pour vénérer le marteau et la faucille : la Corée du Nord, par exemple, qui y a même ajouté un pinceau. Quant au Parti communiste français, il a changé son logo depuis 1990. Jusqu’à cette date, il a arboré le marteau et la faucille empruntés à sa mère l’Union soviétique. Simplement, habitué depuis l’origine à retourner sa veste au gré des congrès et des purges, il l’avait inversé. D’ailleurs, on dit que Georges Marchais n’arrête pas de se retourner dans sa tombe.

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