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Culture - Editoriaux - Livres - Société - Table - 8 décembre 2014

“Fais du feu dans la cheminée…”

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La chanson “Fais du feu dans la cheminée” sera bientôt sans doute aussi prohibée que “Maréchal, nous voilà”.

Airparif est formel : les cheminées de la capitale et de l’Île-de-France polluent sournoisement autant que les abominables diesels (un Allemand, notons) et autres bruyantes pétrolettes. Je pense au camion-pizza-au-feu-de-bois du parking d’à côté qui cumule les deux délits et sera sans doute détruit à vue par les gendarmes à l’aide de grenades offensives. On n’imagine pas combien d’immeubles parisiens possèdent encore cette rétrograde installation qui, non seulement évoque nos époques de sous-développement, de lutte des classes, de romans de Zola et de bourgeoisie triomphante, mais aussi est certifiée coupable de carbonisation de poumons de nouveau-nés.

Allons plus loin, c’est tout un symbole qui devient illicite : celui d’une bourgeoisie repue et sûre d’elle, qui privilégie la contemplation mélancolique des flammes à celle du journal de France 2, qui préfère la soupe au lard au consommé de soja bio, qui mange du poisson le vendredi par habitude, qui évite de dire des gros mots, qui offre des livres à ses enfants et qui pense même que ledit bambin, c’est un papa et une maman. On voit d’emblée la puissance de cette décision qui vise à priver cette ignoble couche moisie de la population d’un plaisir réactionnaire. Plaisir, car qui aujourd’hui chauffe son appartement parisien avec une cheminée à foyer ouvert ?

S’il existe, on lui souhaite bien du plaisir, à ce pithécanthrope qui monte au 5e sans ascenseur quelques dizaines de kilos de bois tueur chaque jour. Non, il s’agit de punir les privilégiés qui peuvent, le soir venu, chausser des charentaises made in France et déguster un petit armagnac hors d’âge en lisant éventuellement les Pensées de Pascal 1 après avoir rajouté une bûche sur les chenets style Louis XIV (à ce propos, une cheminée implique la présence d’un tisonnier, dangereux objet qui est à l’origine de nombreux drames conjugaux et auxiliaires d’un Lacenaire occasionnel).

Dans la foulée, puisqu’il s’agit de priver de plaisirs polluants tout un chacun, il faudra limiter les déplacements en automobile à pétrole aux seuls trajets absolument nécessaires comme aller au travail. Fini les escapades en amoureux à Deauville, au Touquet ou à Bezons.

Il y a quelques années, un expert affirmait sans sourciller qu’une partie de la pollution à l’azote des côtes bretonnes était due à l’urine des baigneurs. Et un autre expliquait avec terreur que les barbecues dominicaux étaient de véritables usines à dioxine. Donc, en vacances, se faire plaisir en faisant pipi dans la mer avant d’aller déguster des merguez cuites au charbon de bois devrait relever des assises.

Nous sommes dans une décision de civilisation, comme dirait “Mâme Taubira”.

Une cheminée, une bûche, un sapin de Noël et, pourquoi pas, une crèche ? Salauds de réacs.

https://www.youtube.com/watch?v=fVVBMArJ1qk

Notes:

  1. Si personne n’y a vu une allusion à Achille Talon, on peut désespérer de la culture française.

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