Editoriaux - 15 juin 2014

Quand la faim justifie les moyens…

Aujourd’hui 15 juin 2014 a lieu la Journée mondiale contre la faim. À ce jour, n’ayant jamais souffert de la faim, j’avoue n’avoir que peu agi en ce domaine en vue d’un monde meilleur. En de rares occasions, de petits dons aux « Restos du cœur » et à tout casser une journée de bénévolat en supérette… Je me souviens de cette dame, un peu désolée, s’excusant presque de ne pouvoir offrir qu’une boîte de petits pois, étant elle-même certainement très limitée financièrement… Le Programme alimentaire mondial (PAM) signale en 2013 que « 842 millions de personnes souffrent de la faim dans le monde, soit 17 % de moins qu’en 1990, une grande majorité vivant dans les pays en voie de développement ». Ces jours-ci paraissent des articles consacrés plus spécifiquement à la situation française, du Figaro à Libération, se référant à une enquête de Médecins du monde publiée jeudi 12 juin. L’on y apprend qu’« une personne précaire sur deux ne mange pas à sa faim ». On comprend plus loin que (BFMTV) « les personnes en situation précaire, surtout immigrées, souffrent de la faim », information relayée à l’identique par Le Figaro. Aucun chômeur ou non-migrant en difficulté, cité ou concerné par ce problème.

L’on découvre plus loin que l’enquête de Médecins du monde concerne 346 « patients » interrogés par l’ONG, dont 97 % de migrants. Le problème de la faim des précaires semble donc se réduire à celui des « migrants ». « Médecins du monde, souligne Le Figaro, recommande de développer des aides alimentaires adaptées et ciblées, de faciliter l’accès à l’eau et à l’hygiène, mais aussi de mettre fin aux arrêtés anti-glanages et anti-mendicité, qui constituent des ressources de dernier recours pour les plus précaires. Mieux informer les personnes en grande précarité sur leurs droits et les dispositifs existants d’aide alimentaire (…) Seuls 41,9 % des foyers interrogés ont bénéficié de l’aide alimentaire au cours du mois écoulé et parmi les personnes n’ayant pas bénéficié d’aide, 61 % ne connaissent pas ces dispositifs.» Qui sont ces « foyers » cités tout à coup par l’ONG ? Des familles de sédentaires chômeurs ? Des familles migrantes ? Dans ma ville, j’ai observé comme ça une famille (papa, maman un garçon, une fille) mendiant dans la rue, en provenance probablement de Roumanie ou d’un autre pays de l’ex-bloc soviétique. J’ai pu croiser la jeune demoiselle en train de gratter un exemplaire de la Française des jeux au centre commercial du coin, et j’ai vu aussi la famille, un beau dimanche, attablée à la terrasse autour d’une bonne glace. Me revient en mémoire également ce reportage consacré à une famille roumaine dans sa jolie petite maison construite en Roumanie avec l’argent de sa mendicité sur le sol français. Bon, ils bossent, certes. Mais le plus drôle dans le reportage est la colère du père de famille qui, s’apercevant que la caméra tourne et que la petite famille décrit son mode de fonctionnement, pique une colère en disant en substance : « Vous rendez vous compte si les Français voient ça, de quoi nous avons l’air » ? Ben oui, vous avez l’air d’un mendiant souffrant de la faim sur le sol français, Monsieur, et êtes intégré ici dans des statistiques censées dénoncer un scandale. Le scandale est, ici, double : des escrocs à la petite semaine profitent de la crédulité des gens. Cela n’empêche pas les dons aux associations. Pensons-y peut-être samedi ou mercredi en remplissant notre bulletin de loto (enfin, pour ceux qui y jouent, ce qui m’arrive de temps en temps).

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