Faillites en cascade dans le photovoltaïque européen
Paradoxalement, l’été 2026, très ensoleillé, aura été fatal aux géants de l’énergie solaire. Autre surprise : les défaillances d’entreprises ont eu lieu dans des pays où les parcs photovoltaïques sont nombreux et encore en développement.
Alerte en Suède, au Portugal et en Allemagne
Le 10 août, PV Installation Services, filiale à 100 % de la société suédoise de panneaux solaires Svea Solar (détenue à 36 % par le financier Harald Mix d'Altor), a déposé le bilan. L’entreprise, qui développe, vend et installe des parcs photovoltaïques en Suède, avait à son actif la livraison de 18 parcs d'une capacité totale de 60 MWc (mégawatt-crête). En 2024, l'entreprise affichait déjà une perte de 15 millions de couronnes suédoises (1,3 million d’euros), pour un chiffre d’affaires de 400 millions de SEK.
Au même moment, on apprenait que l’exploitant photovoltaïque britannique Welink Energy Portugal 2 UK Ltd, qui contrôle la plus vaste exploitation solaire du Portugal, s’était déclaré insolvable. Située à Alcoutim, dans la région d’Algarve, la ferme géante Solara4, mise en service en 2021, comprend 661.500 panneaux pour un potentiel de puissance de 220 mégawatts.
Et en Allemagne, c’est Enerparc, propriétaire et exploitant de parcs solaires, l'un des plus grands d'Europe et numéro un en Europe du Nord, qui s’est déclaré en insolvabilité, en Allemagne. La société, basée à Hambourg, exploite plus de 500 parcs solaires et dispose d’environ 5,5 gigawatts (GW) de capacité solaire installée, dont 3,8 connectés au réseau. Enerparc AG aurait accumulé de l’ordre de 3 milliards d’euros de dettes, selon le syndic de faillite Stefan Denkhaus. Et l’insolvabilité d’Enerparc a déclenché une réaction en chaîne. Peu après qu’elle a engagé la procédure, on apprenait en effet la demande d’insolvabilité déposée à son tour par sa société sœur, le constructeur de centrales photovoltaïques et de systèmes de stockage par batteries Pvwerk.
Deutscher Solarparkbetreiber und Entwickler Enerparc stoppt nach der Insolvenz fertige Solarprojekte mit 1,7 Gigawatthttps://t.co/5YhtwG75lZ
— Blackout News (@BlackoutNews_DE) September 19, 2026
À ce sujet — À cause du solaire et de l’éolien, l’électricité française est de plus en plus vendue… à perte
Prix du marché en chute et coûts en hausse
Si ces trois situations faillitaires ont aussi des causes propres (problèmes techniques, mauvais choix stratégiques ou gestion défaillante), elles ont surtout des causes communes qui en disent long sur la réalité du marché de l’énergie solaire en Europe. Toutes ont en effet dû faire face à une hausse de leurs coûts logistiques, à la hausse du prix des composants et à un renchérissement des conditions de financement provoqué par une hausse des taux d’intérêt depuis 2021.
Mais la cause principale des difficultés qu’ont rencontrées PV Installation Services, Welink Energy Portugal 2 UK Ltd, Enerparc AG et Pvwerk vient des marchés sur lesquels ils sont implantés. Comme l’a constaté l'Institut de l'économie allemande (IW) de Cologne dans le cas d’Enerparc, les acteurs du solaire subissent de plein fouet une baisse des prix de marché, due à la fois à une forte expansion du photovoltaïque (donc une augmentation de sa part dans la production électrique totale) et, d'autre part, à la multiplication des périodes de prix négatifs (vente à perte) pendant lesquelles on constate une forte augmentation de la part de la production photovoltaïque.
Le solaire français épargné, pour de mauvaises raisons
Ces exemples suédois, anglo-portugais et allemands montrent bien que, contrairement à ce que l’on pourrait croire, le solaire est économiquement en danger quand les conditions semblent lui être favorables : marché en expansion et grand ensoleillement. Auprès de BV, le spécialiste de l’énergie Fabien Bouglé constate que « trop de solaire tue le solaire ». Sur des marchés libres, les mécanismes concurrentiels ne tardent pas, on le voit, à éroder dangereusement les marges, prenant les acteurs en étau entre des hausses de coûts et des baisses des prix de vente.
A contrario, ces mêmes acteurs semblent à l’abri sur le marché français, soumis à des règles fort différentes. « Chez nous, tout a été fait pour favoriser et protéger les acteurs EnR » (énergies renouvelables, NDLR), rappelle Fabien Bouglé.
« Les exploitants de parcs solaires, comme ceux d’éoliennes, sont prioritaires sur le réseau et les prix sont subventionnés. » La France, c’est donc « un paradis pour eux, et un enfer pour les autres, que ce soient le nucléaire, qui subit cette concurrence faussée, ou les particuliers et de nombreuses entreprises, qui paient ce système inutile et absurde ». Pour Fabien Bouglé, « cette exception française est juste insupportable. Il est grand temps de supprimer les subventions aux éoliennes et aux panneaux solaires, et de mettre ainsi leurs exploitants face au réel des prix de marché. » Encore faut-il que la question des énergies renouvelables s’invite dans la campagne présidentielle, avec des engagements forts.







































56 commentaires
L’augmentation massive des capacités solaires en Europe a généré ce phénomène.
En journée, par beau temps lorsque le soleil brille, la surproduction instantanée d’électricité fait s’effondrer les prix de marché, entraînant régulièrement des prix négatifs. Les exploitants vendent alors leur énergie à perte ou sont contraints de couper leur production.
L’électricité ne se stockant qu’à prix d’or, ce surplus en journées ensoleillés ne sert à rien.
Pour un pays comme la France, cela impose seulement de ralentir les centrales nucléaires jusqu’à ce que le soleil se couche.
Il faut savoir qu’une grande partie de la stabilité du réseau électrique européen fonctionne actuellement sur les centrales nucléaires françaises. A l’année, nous avons une quinzaine de centrales nucléaires qui tournent pour venir au secours de nos voisins.