« Le général est mort, paix à son âme » (s'il en a une). C'est par cette laconique déclaration que notre ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius aurait pu commenter la disparition du général Giáp, vendredi 4 octobre dernier à l'âge canonique de 102 ans. Le gouvernement du Viêtnam et la de l'intéressé se seraient sans doute contentés de cette épitaphe et les relations commerciales (et culturelles) entre nos deux pays n'en auraient aucunement souffert.

Malheureusement, la réalité du texte envoyé par notre remarquable chef de la diplomatie française est un déni de respect, lancé à la face de toute l' française. En effet, Laurent Fabius a rendu samedi un hommage appuyé au général Võ Nguyên Giáp : « Alors que la France et le Viêtnam sont devenus désormais des partenaires stratégiques, je salue aujourd’hui la mémoire d’un homme exceptionnel et présente mes profondes condoléances à sa famille et au peuple vietnamien », a ajouté M. Fabius, rappelant que le général Giáp était « profondément attaché à la culture française et parlait d’ailleurs parfaitement notre langue ».

« Le général Giáp fut un grand patriote et un grand soldat », a poursuivi le ministre. Quel mépris pour nos soldats qui sont morts au combat dans la guerre d'Indochine ! Ils se sont battus dans la jungle ou sur les champs de bataille, avec courage et acharnement, et ils sont morts humblement et dans la discrétion, avec honneur et pour leur patrie, selon le serment qu'ils avaient fait à la France.

Si ce général vietnamien a marqué l'histoire de son pays pendant quarante ans, luttant successivement contre les Japonais, les Français et les Américains, il fut aussi et surtout un chef militaire impitoyable, sacrifiant ses hommes sans vergogne en cherchant à écraser par le nombre l'ennemi, comme à Diên Biên Phu en 1954, où la victoire ne fut obtenue qu’après trois mois de combat et un effectif dix fois supérieur en nombre !

Mais si Giáp est le vainqueur incontestable de Diên Biên Phu (aidé par les généraux chinois, et à cause de multiples erreurs stratégiques françaises assorties d'un abandon des soldats français par les politiciens), il est aussi et surtout le criminel de guerre qui organisa les camps de prisonniers qui furent le théâtre d'un programme d'extermination qui atteignit jusqu'à 72 % de taux de mortalité.

Ceux qui ont survécu et qui ne se sont jamais remis de la blessure qu'a été pour eux la guerre d'Indochine, sans parler des familles qui pleurent leurs fils, assistent aujourd’hui impuissantes à cet hommage et ces gesticulations diplomatiques honteuses.

Le commandant Hélie de Saint Marc, décédé au mois d'août 2013, héros de la guerre, ancien déporté, officier de la Légion étrangère, n'a pas été honoré avec tant d'empressement par les médias français ni même par le gouvernement. Grand silence. Pourtant, plusieurs généraux, parmi les plus prestigieux, avaient tenu à être présents à ses funérailles…

Les militaires qui rentrent d'Afghanistan ou du Mali, et qui partiront pour de nouveaux « Théâtres d'Opérations », vont certainement être très motivés pour se battre au profit d’un gouvernement antimilitariste qui n'affiche pour eux que du mépris. Sans compter les coupes budgétaires dont ils font l'objet en silence… En silence pour longtemps encore ?

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14 octobre 2013

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