Editoriaux - Presse - 4 novembre 2014

Expulsion de Frigide Barjot : comme un avertissement…

Mercredi dernier, , son mari et ses deux enfants ont été expulsés de leur appartement. Pressés par des huissiers impérieux, ils n’ont pu qu’emporter le strict minimum, avant que l’entrée ne soit murée par des portes en fer « anti-squat ». Tout est allé si vite qu’à l’intérieur, un lave-vaisselle dont le cycle n’était pas terminé tournait encore…

Ici et là, on ricane. Ça lui fait les pieds, à la bourgeoise. Voilà qu’elle s’offusque de ces portes en fer qui – qu’est-ce qu’elle croit ? – sont le lot des squatteurs. Sauf que Frigide Barjot n’est pas une squatteuse. Sauf que, n’en déplaise aux longues explications filandreuses développées dans la presse de gauche pour expliquer le pourquoi administratif de ses ennuis, c’est bien en punition de son action qu’après trente ans, Frigide Barjot a été virée de chez elle.

Car on ne lui a pas pardonné d’avoir donné la première impulsion. D’avoir fait jaillir la première étincelle, par une suite d’heureuses intuitions, de ce qui allait être un grand feu de résistance, dont les braises ne semblent pas vouloir s’éteindre. Alors, évidemment, il y a pire. La famille Tellenne se relogera. Frigide Barjot, avec l’allant mobilisateur qu’on lui connaît, se retroussait déjà les manches, dimanche soir, en demandant de l’aide urbi et orbi pour transbahuter les derniers cartons. Mais cet esprit de vengeance patent rend mal à l’aise. Donne le sentiment qu’au-dessus de toute tête qui dépasse, de tout individu qui fronde, il y a comme une sournoise épée de Damoclès, dont il ne connaît pas par avance la nature. Qu’il ne perd rien pour attendre et que son heure viendra. Comme un avertissement préalable à toute forme d’engagement « divergent » : allez donc vendre des cravates, ce sera plus prudent. Pendant ce temps, Thomas Thévenoud – pour ne citer que lui –, dont le « pourquoi administratif » des ennuis est nettement plus simple à synthétiser, squatte toujours à l’Assemblée. On ne peut quand même pas l’expulser, ni murer son fauteuil, hein ?

On peut ne pas partager les options de Frigide Barjot. On peut trouver certaines de ses idées baroques, farfelues, malvenues. On peut même la trouver fofolle et exaltée (en même temps, par son nouveau patronyme, elle ne nous a pas pris en traître, n’est-ce pas ? N’a jamais cherché à se faire appeler Frigide Sensée). Mais alors que – et après deux ans de combat épuisant où il a fallu parer sans relâche les coups, comment pourrait-il en être autrement ? – quelques crêpages de chignon internes s’étalent de loin en loin dans la presse ou sur les réseaux sociaux, que chacun pense que l’autre s’y est pris comme un pied et que l’on aurait mieux fait de l’écouter, lui, que le premier trouve le second trop mollasson et que le second juge le premier trop radical… il est un point, au moins, sur lequel toutes les troupes LMPT peuvent tomber d’accord : Frigide Barjot a sacrifié, dans cette affaire, jusqu’à la stabilité de sa vie familiale. Jusqu’au toit sur la tête de ses enfants. À ce titre, ses détracteurs lui doivent au moins le respect dans l’expression de leurs critiques.

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