Le premier exode rural, en , a eu lieu lors de la révolution industrielle à partir de la IIe République et sous le Second Empire. Le phénomène se reproduirait-il une deuxième fois ? C’est l’objet de la polémique qui s’est faite, à distance et à fleurets mouchetés, dans le journal entre, d’un côté, Emmanuel Ducasse, expert des marchés immobiliers pour le Crédit foncier et, de l’autre, Daniel Béhar, géographe et professeur à l’École d’ de . Le premier a estimé dans l’édition du 6 août que « la France vit un deuxième exode rural ». Le second spécialiste a répondu, le 9 août, qu’il n’en était rien. Tous deux s’appuient en partie sur la note d’analyse publiée en juillet par France Stratégie (ex-Commissariat général au plan) intitulée « Dynamiques et inégalités territoriales ».

Que dit cette intéressante note de huit pages ? Que notre pays se morcelle un peu plus en raison de la désindustrialisation. Que les inégalités se sont creusées entre les territoires, que « les ressorts de font défaut dans beaucoup de villes moyennes et de territoires ruraux » et que « le développement des métropoles s’accompagne de fortes inégalités en leur sein ». Ainsi le Nord-Ouest perd des habitants au contraire du Sud-Ouest, devenu plus dynamique et plus attractif. De même, la presque totalité des 15.000 communes rurales ou isolées se dévitalisent, etc.

Emmanuel Ducasse entérine cette version en soulignant, avec ses propres chiffres, que « les transactions [immobilières, ndlr] se concentrent dans à peine 3.000 communes. Ailleurs, c’est le calme plat et des maisons peuvent rester trois ou quatre ans sans trouver preneur. » « C’est un prisme », lui rétorque en substance Daniel Béhar, qui souligne que si les bourgs et communes-centres se vident, c’est au profit de territoires périphériques des grands centres urbains.

Qui dit vrai ? Difficile de le déterminer de manière péremptoire, tant les exemples locaux sont particuliers, voire uniques. Ainsi, des villages comme La Genétouze, Aizenay, Venansault, à proximité de La Roche-sur-Yo, ont vu leur population croître ces vingt dernières années, car ils ont profité d’un contexte économique favorable et de l’attrait du chef-lieu de département.

Au contraire, d’autres communes comme Auzances, Châtelard, Saint-Domet, Lupersat ou Charron, situées à environ 70 km de Guéret (Creuse), voient leur nombre d’habitants diminuer, faute de nouvelles installations. Pourquoi ? Parce que les personnes n’y trouvent pas ce qu’elles recherchent : un bassin d’emploi favorable, des infrastructures (routières et ferroviaires) et aussi de vrais (poste, notamment) et privés (haut débit, commerces). Il existe d’innombrables exemples de ce genre.

Oui, la tendance générale est à la désaffection des villages du rural profond qui se vident au profit d’autres communes, elles aussi rurales mais proches des grandes agglomérations qui ne cessent de s’étendre. Viendra le temps où ces communes en périphérie de villes-centres finiront par être absorbées et devenir de simples quartiers de ces grandes villes. Le rêve d’Alphonse Allais, qui souhaitait « construire les villes à la campagne parce que l’air y est plus pur », est en train de s’évaporer…

12 août 2016

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