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Blog - Editoriaux - 20 avril 2016

Exercice à Montparnasse : Bernard Cazeneuve, lecteur de Boulevard Voltaire ?

C’est une première : un exercice a regroupé dans la gare Montparnasse, et sous commandement unique, les unités d’intervention dont dispose le ministère de l’Intérieur.

Monsieur le ministre le décrète : finies les baronnies, les susceptibilités de jouvencelle, les chasses gardées, les répartitions de compétences ridicules entre rats des villes et rats des champs. Enfin, plus de quatre ans après Merah, voici que les fondamentaux sont réalisés, du moins à l’exercice, et à un faible niveau. Les critiques des chroniqueurs étaient fondées. Citons Michel Goya sur son blog La Voie de l’épée et, plus tardivement, Jean Dominique Merchet, la voie officielle. Des technocrates se sont penchés sur la question avant de conclure que, en bref, la coordination d’un assaut, la conduite des feux, l’utilisation d’explosifs imposaient un savoir-faire spécifique et un commandement unique. Pour reprendre un vieux mot, « pas besoin de sortir de Saint-Cyr pour le savoir ».

Certes, hier, on s’est fait plaisir : débauche d’équipement et de technologie, hommes surentraînés, matériel de pointe, tenues dernier cri… Un régal. Tous les méchants sont tués, pas de blessés parmi les otages.

Félicitations : on est en mesure de coordonner l’effectif d’un sous-groupement tactique en “stand alone” sans appui, ni couverture, ni soutien, ni chaîne logistique, ni chaîne médicale, dans Paris. Actionner 150 hommes issus de trois formations différentes semble avoir été laborieux : il aura donc fallu des tueries de masse pour y parvenir. C’est bien, mais c’est un cran au-dessous de ce qui est attendu : depuis le Bataclan, on sait que c’est au niveau supérieur que se situent les vraies difficultés de coordination. Commander un assaut à l’exercice, tout seul dans sa bulle, est à la portée du dernier sous-lieutenant frais émoulu de Saint-Cyr.

Un exercice, c’est une chorégraphie millimétrée, une danse sur papier glacé, et celui-ci semble parfait comme opération de communication. Il reste que, dans le temps opérationnel, nous avons quatre ans de retard. Cet exercice, c’est depuis 2012 qu’il aurait fallu le conduire tous les ans, afin de faire face à la croissance de la menace et qualifier ces unités et leur commandement.

Ici, comme des redoublants, on rejoue le Bataclan, sauf que, cette fois, six mois après, ce sont les gentils qui gagnent.

Ce que l’on voudrait voir, ce n’est pas simplement une thérapie de groupe ou une entreprise cosmétique, mais une vraie grande manœuvre, comme une armée qui se prépare pour la guerre. Une manœuvre qui implique le niveau supérieur de coordination, sur des incidents multiples (prise d’otages, émeute, assassinat ciblé, voiture piégée) et avec des moyens dégradés (effectifs, liaisons, matériels, logistique) en plusieurs points de Paris et sa région, et déclenchant non seulement les unités d’intervention mais aussi la bulle opérationnelle complète : les unités sentinelles, les premiers secours, les unités de maintien de l’ordre.

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