La cour d’appel vient de confirmer la condamnation d’ pour diffamation à mon encontre. Cette décision me permet de rappeler que je n’ai fait l’objet d’aucune condamnation, tandis que mes plaintes ont abouti à celles de , de Frédéric Mitterrand et de Mme Joly. Une de mes plaintes n’a pas encore entraîné de condamnation. Il s’agit, cette fois, d’une action contre l’État, puisque j’avais attaqué L’Express, qui m’avait comme Mme Joly traité de négationniste. Malheureusement, par une grande malchance, le dossier a été égaré… le temps de la prescription.

Ce mot de “négationniste” nous donne deux leçons. En premier lieu, l’extension abusive de l’emploi de certains termes sous-tend le procédé de l’amalgame. C’est ainsi que les communistes transformaient en fascistes tous leurs opposants un peu déterminés. Dans l’affaire qui m’opposait à Mme Joly, les choses sont claires. Est négationniste celui qui nie la Shoah. Je conteste si peu cette tragédie que j’ai prononcé un discours chargé d’émotion à Auschwitz-Birkenau à l’issue d’un déplacement organisé par celui qui est actuellement le grand rabbin de . En second lieu, le concept de “négationnisme” employé à tout propos crée une confusion dans la lecture de l’Histoire et révèle l’utilisation idéologique de celle-ci. J’ai dénoncé la déformation des faits à des fins de propagande en ce qui concerne la déportation des homosexuels. J’aurais sans doute dû insister davantage sur le caractère odieux, pour un groupe, de vouloir revendiquer son holocauste afin de manipuler l’opinion. Les nazis voulaient anéantir les juifs parce qu’ils étaient juifs. Ils reprochaient aux homosexuels allemands de ne pas faire les enfants qui seraient les soldats de demain et voulaient davantage les contraindre à rentrer dans la norme que les détruire. C’est pour cette raison qu’ils ne les ont pas persécutés en dehors de l’. Avec une grande rigueur, le second rapport sur la déportation des homosexuels, sous la direction de Mikaël Bertrand, rappelle les chiffres. Peu de Français sont concernés : une soixantaine en Allemagne, 6 ou 7 en France même. Pour ces derniers, on sait quelle était leur « orientation » sexuelle, mais rien n’établit qu’elle était la cause de leur déportation. Ni dans les chiffres, ni dans les méthodes, ni dans les objectifs il n’y a de rapport avec les 76.000 juifs déportés de France. Reconnaître cette différence n’est en rien approuver le nazisme, ses buts et les horreurs commises. Serge Klarsfeld m’a apporté son témoignage. L’aurait-il fait s’il m’avait cru capable de la moindre sympathie envers le nazisme ?

Or, Mme Joly, donneuse de leçons qui se présente volontiers comme un magistrat impartial et rigoureux, n’a procédé à aucune instruction. Ses propos sont haineux et vindicatifs. « Vanneste, désormais coutumier des dérapages homophobes, vient de passer un cran supplémentaire dans l’ignoble, en niant la réalité de la déportation des homosexuels pendant la . » Il « fait une référence sans nuance aux propos négationnistes ». Cela « renvoie à la même abjection que leurs bourreaux ». En matière de dérapage, on peut difficilement faire mieux. Elle n’a aucune connaissance du sujet et l’évoque avec un excès verbal indigne d’un débat politique.

En fait, comme son avocat l’a involontairement souligné dans sa plaidoirie, le mot important n’était pas « négationniste » mais « homophobe », car quand on est homophobe, alors on est capable de tous les crimes. C’est là encore une révélation : ce mot est un terme de commissaire politique, comme “révisionniste” ou “fasciste”. Son emploi est abusif puisqu’il devrait étymologiquement désigner la pathologique du « même ». Admettons que ce « même » soit l’homosexuel. Le fait d’avoir un jugement moral négatif sur des comportements n’est en rien une peur maladive. C’est une opinion. Qu’un ancien magistrat devenu parlementaire européen puisse faire de ses préjugés des armes pour museler l’adversaire, afin de l’exclure du débat, en en faisant un nazi, fait froid dans le dos. Une saine ne peut accepter qu’on réduise le porteur d’une opinion différente à un criminel né. Car c’est le chemin emprunté par tous les totalitarismes, de 1793 jusqu’à nos jours.

19 octobre 2015

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