Editoriaux - Histoire - Politique - Santé - Société - 4 novembre 2016

Euthanasie : je récuse !

Il est des textes qui ont écrit une partie de l’Histoire, quand leur fonction naturelle serait plutôt de la relater après coup. Le “J’accuse” d’Émile Zola en est un. Dans une France clivée, il a relancé une cause que tous pouvaient croire perdue. Le capitaine Alfred Dreyfus est condamné, dégradé, emprisonné lorsque L’Aurore le publie. Factuellement, ce texte est assez inexact : des incriminés manquent à l’appel ou ne le sont pas pour les bons motifs. Mais il est le point d’inflexion à partir duquel la cause de Dreyfus va rebondir, pour aboutir après un long chemin à la mise en évidence de son innocence, et à sa réhabilitation.

Le 2 novembre est la fête des défunts pour l’Église catholique. Jean-Luc Romero, président de l’Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD) a signé un texte en forme de “J’accuse”. Il ne livre qu’un pâle pastiche où le copier-coller, fléau des temps modernes, supplée une pensée structurée. Il n’est pas question, ici, de prendre la défense du Président, du chef du gouvernement, de ses ministres, des députés et sénateurs qui sont mis en cause : ils se défendront seuls s’ils le souhaitent.

Les trois dernières accusations visent le docteur Jean Leonetti, les intégristes et tous les opposants “au droit de mourir dans la dignité”.

Les membres de l’ADMD ont le droit de penser que la loi Claeys-Leonetti n’est pas bonne. Mais il est surprenant de constater que le député Alain Claeys qui, comme son compère, a donné son nom à la loi votée le 27 janvier 2016, ne soit pas lui aussi cloué au pilori virtuel. Serait-ce à cause de sa couleur politique ?

L’incrimination des intégristes semble plus folklorique : les sbires de Civitas auraient-ils en catimini infiltré le Parlement depuis des lustres et bloqué tout projet de loi ? Pire même : la fraternité Saint-Pie-X aurait-elle converti de force des citoyens ? Ils sont donc « coupables de barbarie » ! C’est risible. Depuis l’évêque de Münster Clemens August von Galen, d’éminentes personnes de la hiérarchie catholique comme le pape François ne font pas de mystère de l’opposition de l’Église à l’euthanasie ; pas besoin d’être intégriste, il suffit d’être catholique.

Enfin, sont fustigés les opposants à LEUR droit de mourir dans la dignité. Ils sont coupables de ne pas comprendre la générosité, la justesse et l’altruisme du combat de l’ADMD qui place l’humain, sa liberté et sa dignité au cœur de son combat. Bande d’ingrats !

Je ne représente que moi, mais je refuse que l’ADMD s’accapare publiquement la « mort dans la dignité ». Le développement des soins palliatifs partout en France est la seule avancée que peuvent et doivent viser les politiques de santé publique. L’euthanasie active et le suicide assisté ne respectent ni la morale, ni la dignité de l’homme puisqu’ils font du soignant un tueur ou son complice. Le lien social et la nécessaire confiance entre patient et thérapeute n’y survivraient pas.

Bref, plagiaires hypocrites, outranciers et dépourvus de talent, je vous récuse.

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