Comme chaque année, aux premiers bourgeons, l’amateur de chanson française attend avec impatience le titre sélectionné pour participer au concours de l’Eurovision. La dernière victoire remontant à l’an 452 après J.-C. avec « L’oiseau et l’enfant » interprété par la damoiselle Marie Myriam, les derniers croyants en un improbable sursaut sont suspendus à la décision du comité. Tapis au fond d’un antique juke-box, ils prient pour le retour d’un quelconque « Poupée de cire, poupée de son », d’un éventuel « Waterloo » façon Abba…

Si, question Waterloo, ils ne sont jamais déçus, musicalement, les performances des candidats français provoquent chaque printemps de nombreux suicides chez les inconditionnels du genre…

Par tradition, les professionnels en charge de la sélection s’évertuent à dénicher l’OVNI le mieux placé pour obtenir le moins de votes possibles. Sur ce point, la charte est impitoyable. À l’exception du concours 2001 où, par mégarde, le jury avait laissé passer Natasha St-Pier avec une jolie chanson intitulée « Je n’ai que mon âme » (classée 4e), le cahier des charges est respecté chaque année avec un dévouement qui force l’admiration.

Fidèle à cet état d’esprit, le cru 2014 est exceptionnel. Parmi les trois finalistes, le comité a su reconnaître le plus abscons, le plus rédhibitoire, la chose digne de figurer 55e sur 55, la chanson qui permettra aux artistes des pays les plus reculés d’apparaître en véritables Mozart modernes : “Moustache”, interprétée par Twin Twin. Pour les amateurs d’étrangetés, un visionnage du clip s’impose.

Sans vouloir briser la dramaturgie de la narration, je peux dire, pour mettre en appétit, que l’interprète se plaint de ne pas avoir de moustache pour être parfaitement heureux. Là est son rêve, son obsession, le remède à tous ses maux. Les humoristes vulgaires ajouteront qu’avec une musique rasoir, l’objectif ne pouvait être atteint… mais… pas de ça chez Boulevard Voltaire, où un comité de surveillance censure les calembours les plus éculés…

À paroles indigentes et musique inexistante, look fort. Veste bigarrée, coiffure bizarre créée de toute pièce pour faire bizarre, maquillage, etc. Ceci compense cela.

Valeurs inversées obligent, le véritable enjeu de ce concours 2014 revient donc à deviner vers quel fin fond du classement la chanson sera dirigée… Dans quelle cave ? Sous quelle banquise scandinave ? Les paris sont ouverts… N°1 des vide-greniers avant six mois, là est la force de la sélection. Marie Myriam, reviens ! crient les nostalgiques… Assurancetourix à la rigueur… Tout, mais pas ça…

http://www.youtube.com/watch?v=cYBYiN5EpdY

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