“Vive la Suisse libre !” Tel était le loufoque cri de ralliement de L’aventure c’est l’aventure, le très bandulatoire film de Claude Lelouch, avec Lino Ventura, Aldo Maccione, Jacques Brel et Johnny Hallyday dans son propre rôle. Cette aimable pochade aurait-elle été prophétique ? Il est à craindre aujourd’hui que oui.

Ainsi, ce publié hier par le site Slate.fr, selon lequel une majorité d’Européens rêverait désormais de vivre en Suisse et dont le pire des cauchemars consisterait à devenir Grecs… Bien sûr, il ne s’agit que d’un énième sondage ; pourtant.

Oui, pourtant, cela devient hautement révélateur d’une construction européenne qui, évidemment souhaitable, fut édifiée cul par-dessus tête, charrue avant les bœufs et la tronche en biais. Certes, au lendemain d’un second conflit mondial des plus sanglants, rassembler le Vieux Continent était une urgence. Charles et Konrad Adenauer l’avaient bien compris. Jean Monnet, autre père de l’Europe, mais aussi salarié de la CIA – le fait, bien connu, a été rendu public par Marie-France Garaud, lors d’une des émissions de Frédéric Taddeï, “Ce soir (ou jamais !)” –, avait lui aussi compris cette urgence, mais sûrement d’une autre manière.

Et c’est de la sorte que fut édifiée l’Europe. Sans savoir qui elle était, ce qu’elle voulait demeurer et, surtout, ce qu’elle entendait devenir. Rien de son identité, de sa culture et encore moins de sa politique : juste une vague communauté de l’acier et du charbon. Pourquoi pas, objectera-t-on ? Il faut bien commencer par quelque chose ; mais en ce cas, pour quelles raisons démarrer par l’accessoire plutôt que d’aller à l’essentiel ?

À en croire la mythologie, Europe, fille d’Agénor, roi phénicien de Tyr (actuel Liban), fut ensuite donnée par Zeus à Astérion, roi de Crète, après qu’évidemment ce coquin de Zeus ait testé la marchandise, principe de précaution qui donna lieu à trois rejetons : Minos, Rhadamanthe et Sarpédon qui ira ensuite faire souche en une Anatolie qui ne s’appelait pas encore Turquie. Voilà pour le mythe, lequel relativise les racines chrétiennes de l’Europe, l’Acropole ayant de loin précédé la cathédrale de Chartres ; même si cela ne retire rien au fait, qu’indubitablement, la chrétienté ait façonné l’Europe, un sacré petit bout de temps plus tard.

Il n’empêche que, désormais, ce glorieux passé, gréco-latin, judéo-chrétien, mais aussi arabo-européen (allez en Andalousie pour vous en convaincre), ne dit plus grand-chose à plus grand monde. Comme si l’univers construit autour de la Mare Nostrum l’avait été ex nihilo, comme si notre culture commune avait poussé hors-sol.

Alors oui, les derniers des Européens rêvent d’aller en Suisse parce qu’il y a du fric. Ont de devenir Grecs parce que là-bas, de fric, il n’y a plus. À quoi a-t-il servi que ce bon Zeus se soit décarcassé ? Pour voir agoniser un vaste ensemble mou autant que flou, mortifère alliance de Veau d’or et de tour de Babel ?

Il nous reste encore les douze étoiles mariales du drapeau européen. Continueront-elles encore à nous protéger ? D’ailleurs, en valons-nous seulement encore le coup ?

25 mai 2016

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