Entretien réalisé par Jeanne Coral.

Alors que David Cameron a annoncé qu’il organiserait un référendum sur le maintien du Royaume-Uni au sein de l’Union européenne s’il était réélu en 2015, Boulevard Voltaire a interrogé Henri Guaino, hier conseiller de Nicolas Sarkozy à l’Elysée, aujourd’hui député UMP des Yvelines.

Que pensez-vous des déclarations de David Cameron ?

Je ne suis pas d’accord avec la vision européenne de David Cameron mais je ne comprends pas pourquoi cette idée suscite de telles réactions en France. Le président Hollande a déclaré, en réponse à David Cameron, que l’Europe ne se négociait pas. J’estime, au contraire, que l’Europe se négocie tous les jours, car si rien n’est négociable, alors il n’y a plus d’Europe. Et aujourd’hui plus que jamais, l’Europe ne peut pas se faire sans les peuples. Nous verrons quelle question posera exactement David Cameron, mais l’idée qu’il serait illégitime d’interroger le peuple est folle. Et c’est avec ce genre d’idées que nous, les Européens, en sommes arrivés là aujourd’hui, où l’Europe doit véritablement entamer un nouveau tournant. Il est révolu le temps où les élites décidaient seules de l’avenir des peuples.

Ce référendum est donc une bonne chose pour la démocratie ?

En démocratie, la souveraineté appartient au peuple. Je ne dis pas que le peuple doit être consulté avant chaque décision mais pour des questions essentielles, c’est une véritable démarche démocrate.
En revanche, confisquer certaines décisions fondamentales par des corps intermédiaires, ce n’est pas démocrate. Et si les élites qui veulent tout décider seules avaient amené l’Europe sur la voie de la prospérité, de la croissance et de l’emploi, la question de l’avenir de l’Europe ne se poserait pas avec autant d’acuité et David Cameron n’aurait jamais envisagé un quelconque référendum.

En 2005, les Français ont voté contre le Traité constitutionnel européen et pourtant, ce dernier a été adopté deux ans plus tard : était-ce vraiment l’illustration de la voie démocratique ?

Le traité qui a été adopté en 2007 n’était pas la version contre laquelle les Français se sont prononcés en 2005. Il s’agissait d’une version simplifiée et, durant la campagne référendaire, l’utilisation de la procédure parlementaire avait été annoncée par Nicolas Sarkozy car c’était une condition pour que nos partenaires acceptent de renégocier, alors qu’ils avaient déjà ratifié le traité.

L’Europe fait douter. Qu’il s’agisse du référendum britannique ou des multiples revendications indépendantistes, en Flandre, en Écosse ou en Catalogne. Pensez-vous que nous assistions à la fin de l’Union européenne telle que nous la connaissons ?

Les revendications sécessionnistes sont le résultat de problèmes internes à chaque pays. Des problèmes intimement liés à la tradition et à l’histoire de ces États. Toutefois, la manière actuelle de concevoir l’Europe nous conduit à la construction d’une fédération de régions qui domineraient les États-nations et nous avons parfois le sentiment de reconnaître les traits de l’Europe du Moyen-Âge.
Durant ces dernières décennies, l’Union européenne a été un outil pour effacer les États. Aujourd’hui nous devons faire un choix. L’Europe doit-elle être celle des régions ? Des principautés ? Ou encore des Nations et des États ? Pour ma part, je suis favorable à une Union Européenne formée par nos États et nos nations. Il faut réorienter l’Europe dans ce sens.

Et si, aujourd’hui, tous les pays européens faisaient le même choix que David Cameron et organisaient un référendum ?

Cela apporterait un grand air de démocratie en Europe ! L’Union européenne a besoin de se remettre en question. Elle n’est plus celle des pères fondateurs, elle a changé d’objectifs. Nous traversons aujourd’hui une crise profonde car nous avons voulu faire une Europe sans les peuples. Alors, nous devons faire un choix simple : soit nous remettons tout en question, soit nous signons la fin de l’Union européenne. L’Europe va-t-elle continuer à être la seule région du monde à ne pas protéger son économie et ses entreprises ? Nous buttons sur nos problèmes économiques et il est absurde de croire que nous allons pouvoir résoudre ces questions en réformant sans cesse nos institutions. La question n’est pas de savoir comment nous devons décider, mais ce que nous voulons décider.

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26 janvier 2013

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