Les arguments qu’avance Xavier Scott pour défendre l’utilisation exclusive de l’anglais dans « l’hymne » de l’équipe de France méritent d’être fortement nuancés :

– Nous serions en pleine crise identitaire et cela nous inciterait à nous replier sur notre langue.
Je ne conteste pas cette crise identitaire ; mais est-ce une raison pour mépriser à ce point notre langue et le peuple ? Je suppose que, a contrario, vous estimez que les Britanniques ou les Américains ne sont pas, eux, en crise identitaire. Est-ce pour cela qu’ils accepteraient un hymne dans une autre langue que la leur ?

– Comme l’avait souligné Jeremy Paxman dans le Financial Times en avril dernier, le français est la langue des vaincus de la mondialisation… Le Financial Times est un journal de tendance plutôt libérale et franchement francophobe. Il ne faut donc pas s’étonner de leurs commentaires. Deux faits, pourtant, qui devraient les inciter à plus de modestie : 1) Le français continue à être une langue en pleine expansion (120 millions de locuteurs en 1986 ; près de 300 millions au minimum aujourd’hui ; probablement 600 à 700 millions en 2050). Pour une langue de « vaincus », elle se porte comme un charme! 2) Si le monde anglo-saxon est vraiment le vainqueur de la mondialisation, comment expliquer le formidable succès de M. Trump aux États-Unis, soutenu par une grande part de la classe moyenne américaine qui se sent exclue et perdante de la mondialisation justement ?

– Carrefour est une entreprise mondialisée et leader de la grande distribution sur le marché européen : on comprend donc mieux le rapport avec l’ et le choix de la langue anglaise.
Ainsi, il s’agit surtout d’une affaire de « gros sous », sans préjugés négatifs de ma part sur l’argent. Mais doit-on laisser seulement à une entreprise privée la responsabilité d’écriture d’un hymne sportif ? De plus, si l’anglais est la langue de communication actuellement dominante, il ne faut pas oublier que le monde ne se réduit pas au monde anglo-saxon. Faire « comme si » et mépriser les autres langues, c’est finalement reproduire un modèle colonial.