Il voyait déjà les « Bleus » en haut de l’affiche, et lui-même faisant des sauts de cabri sur son siège lors de la finale remportée par l’équipe nationale. En 1998, déjà, son prédécesseur, corrézien lui aussi, avait, lors du sacre de la France au Mondial, regagné le cœur des Français par un enthousiasme sportif aussi démonstratif qu’inattendu.

La victoire de la France sur la Roumanie n’est pas miraculeuse et le groupe n’est pas le plus difficile. Tous les espoirs sont donc permis si les meilleurs chutent en cours de route. Mais, comme François Hollande a le talent très particulier de transformer l’or en plomb, la religion du sport et sa communion pacifique dans les stades et devant les écrans ont débordé dans la rue, où elle se sont muées en déferlement de violences. C’était à Marseille, mais aussi à : des supporters anglais et russes se sont affrontés violemment dans la cité phocéenne, non sans que des « autochtones » participent au déchaînement.

Malgré les discours moralisateurs du ministre de l’Intérieur, le mal est fait et il est triple : d’abord, les événements n’ont pas été anticipés. La splendide organisation avec les coûteuses fans zones a lamentablement foiré. Ensuite, les forces de l’ordre utilisées au-delà du raisonnable, trop peu nombreuses et dispersées, ont été débordées. Elles devaient intervenir en trois endroits : la fan zone, le stade… et le Vieux-Port. On peut s’interroger sur la pertinence de la stratégie. Les commerçants peu satisfaits de la concentration des supporters et de la fête sur un lieu clos ont reçu la double peine : ils ont dû fermer pour limiter les dégâts.

Ce fiasco risque de susciter des actions plus graves encore, des actes terroristes, puisque la sécurité a une fois de plus, comme à Paris, Rennes ou Nantes, montré ses défaillances. Enfin, ce qui devait servir de vitrine à la France se retourne en instrument de dénigrement. Décidément, ce pays n’est pas sûr. La violence y règne, l’ordre n’y est pas assuré.

Quant aux retombées politiques positives pour le Président, elles seront nulles voire inversées si, à une possible défaite, s’ajoute l’impression qu’une nouvelle fois, il a été incapable de maîtriser la situation. Les clubs de football sont des entreprises de spectacle. En France, elles emploient souvent des joueurs étrangers qui sont leurs vedettes. Les joueurs français de l’équipe nationale jouent pratiquement tous à l’étranger, sauf les remplaçants, comme par hasard, parce que des championnats en Espagne, en , au Royaume-Uni, en Italie disposent de moyens financiers supérieurs. Le rapport avec la France est donc ténu et une victoire n’a aucune signification sur la réalité du pays.

Le fait que le patriotisme à longues éclipses brille de temps en temps durant 90 minutes pour des rencontres qui ne reflètent en rien l’état de la France, et ne concernent que 11 joueurs vivant pour la plupart à l’étranger, est un dangereux trompe-l’œil. Certes, nous faisons moins la guerre et, l’alcool aidant, les combats « nationalistes » se limitent à des échauffourées entre supporters, mais les passions suscitées par un divertissement, un spectacle sans conséquence politique autre que symbolique, comme le révèlent les rencontres difficiles entre la France et l’Algérie, risquent d’affaiblir la démocratie, ce régime où des citoyens lucides et informés devraient décider ensemble de leur avenir.

Panem et Circenses. Notre auguste Président signe les chèques pour calmer les tensions sociales et compte sur le spectacle sportif pour les faire oublier et forcer les protestataires à se calmer. Un pouvoir médiocre et cynique à la fois est, pour un pays, un handicap beaucoup plus lourd qu’une défaite sportive.

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